L’homme sans chiourme – GEDENE T8

Grandeur et Décadence de l’Empire de la Nouvelle Ere – Tome 8.

Un nouveau cycle (Babell) commence. Celui-ci comportera 3 tomes, tous écrits depuis belle lurette. 🙂

Le premier – L’homme sans chiourme – est en cours de relecture.

J’espère l’envoyer à Chloé des Lys après l’été. Belles vacances à toutes et à tous !

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La Septième Vague

Je viens à l’instant de mettre un point à mon dernier ouvrage, un recueil de 9 nouvelles intitulé « La Septième Vague ».

J’ai vraiment hâte de vous le partager !!!

Sinon, vous avez toujours la possibilité de lire une de ces nouvelles via ce lien : https://grandeuretdecadence.wordpress.com/…/adman-la…/

Bon week-end, malgré le temps.

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7 feuillets

Avez-vous correctement comptabilisé le nombre de feuillets ?

Bo se mordit la lèvre, ferma les yeux et se força à répondre d’une voix claire et intelligible :

« Oui.

Il n’avait pas envie que la machine lui repose la question. L’homme pria pour que la demande suivante ne vienne jamais, c’était, hélas, une véritable loterie sur laquelle il n’avait aucune prise.

Veuillez scanner les feuillets un à un en les présentant de manière distincte devant l’œilleton.

« PUTAIN !

L’injure avait jailli malgré toutes ses bonnes résolutions. N’était-il pas suffisamment humiliant de rester dans cette position, à répondre aux questions embarrassantes à cette machine sans y ajouter le risque d’être verbalisé pour insulte ? Car c’était bien à cela que servaient ces bazars déshumanisés qui vous faisaient sans cesse passer pour un sale gamin, voire à un attardé mental : engranger du pognon pour l’état.
Bo porta son poing à sa bouche et le pressa fortement sur ses lèvres en attendant le verdict. Au lieu de produire l’avertissement redouté, la machine redemanda de scanner les feuillets. Cette fois, Bo les lui présenta docilement, un à un, comme il se devait. La machine les scanna en les énumérant et l’homme pria pour que personne ne se trouve dans la cabine d’à-côté.

Sept

Énonça la machine d’un ton presque humain et qui aurait pu passer pour scandalisé.

Êtes-vous certain d’avoir besoin de tant de feuillets ? Pensez à l’écologie.

« Bon dieu ! oui !!! grogna Bo en tapant du pied.

Il regrettait le temps où tout était plus simple, où tout était plus naturel… Il avait connu cette époque bénie et la regrettait. Les yeux rivés sur l’écran de contrôle, il attendit que le voyant passe au vert. La machine travaillait, elle se synchronisait avec la montre de Bo et comptabilisait les calories avalées ce midi, puis les recoupait avec des tas d’informations comme la masse corporelle du client, son âge et ses antécédents médicaux. La machine tiendrait-elle compte des autres paramètres intrinsèques à Bo ? Savait-elle que, parfois, Bo était… disons plus « lent à la digestion » certains jours que d’autres ? Connaissait-elle les petits problèmes des pauvres corps humains ou réussissait-elle à faire la part des choses et appliquer le facteur X ? Était-il bête ? Le programme avait sans doute des connexions avec ceux de l’institut de santé où les individus allaient faire des bilans mensuels.
Il eut la tentation d’arracher cette maudite montre et de l’envoyer dans les chiottes. Il avait le sentiment que le gouvernement lui pourrissait l’existence.
Au moment où il se demandait si les produits chimiques arriveraient à bout de cette technologie de pointe, le voyant passa finalement au vert et Bo eut enfin l’autorisation de se torcher.

Sept feuillets de papier ! Voilà qui était peu mais, avec un peu de dextérité, on arrivait à garder les mains plus ou moins intactes. Il n’était de toute façon pas question de réclamer un morceau supplémentaire. Et depuis que l’Union européenne avait supprimé le billet de banque par « souci environnemental », le salut n’était pas non plus dans les cinq euros. Avait-il des amis, des parents ou des connaissances qui s’étaient retrouvés dans pareil cas ? Il l’ignorait, ce n’était pas des sujets que l’on abordait en société.
Au cinquième feuillet, il constata avec dépit qu’il serait trop court. Il pesta – intérieurement, bien sûr – et conçut le projet insensé d’être le premier homme depuis l’invention de toutes ces conneries, à tenir tête à la machine. Il secoua la tête pour balayer ces bêtises et se concentra, le bout de la langue coincé entre les lèvres, à utiliser au mieux ses rations de papier toilette.
Il finit par sortir du cabinet de manière un peu guindée et évoluer en canard jusqu’au lavabo. Il tenterait de faire partir les traces de freinage ce soir, quand il aurait décoléré.

Bo présenta ses mains devant l’œilleton situé à côté du miroir et cueillit dans leur creux offert de ses paumes une giclée de savon sec. Pas de liquide, pas d’eau, pas de pollution. Bo aimait bien le principe car il avait été éduqué dans cette optique, mais parfois, dans certaines situations absurdes comme celle-ci, l’idée devenait un peu lourde.
Lorsqu’il eut terminé se frotter ses paumes l’une contre l’autre, il les porta à son nez et les respira.

« Mangue, conclut-il d’un air satisfait.        

Le parfum s’évanouirait dans les minutes qui suivraient, pas comme cet infect patchouli qu’un farceur avait un jour décidé d’essayer et qui lui avait coupé l’appétit jusqu’au soir. Il présenta ses mains, recto-verso, à l’appareil de contrôle d’hygiène, lequel lui donna son approbation.

L’employé s’avança ensuite jusqu’à la porte qui s’ouvrit à son passage. Il devait toucher un minimum de choses jusqu’au saint des saints et la technologie était supposée lui rendre la chose faisable.
Au bout du couloir carrelé, lavé trois fois par jour par des machines, il fit face au troisième écran qui, après un rapide contrôle de son identité, lui livra passage.
Bo arriva enfin à la cuisine, s’empara du tablier qu’il avait déposé sur la paterne rutilante avant de partir aux toilettes et enfila de nouveaux gants. Il était prêt à replonger dans l’enfer.

Il vint se placer derrière Alejander qui soupira :

« Pour une commission, ç’en était une longue !

« Joue pas ton scato et fais gaffe à ton bandeau !

La coiffe protectrice d’Alej était en train de se déchirer en partant de la nuque. Si le chef voyait ça, il était bon pour le banc de touche !

« Mais touche le pas, bougre de con ! aboya Bo qui voyait son collègue lâcher ses emballages pour tenter de repérer, de ses doigts gantés, l’anomalie.
L’alarme retentit presque aussitôt et, en cinq secondes montre en main, le chef de service était là dans sa combi où se détachait son titre : « manager ».
Monsieur Ferraud était certainement un brave homme, mais sa charge lui incombait d’être dur et strict. On ne lui avait pas vu pardonner le moindre écart depuis son arrivée et il avait véritablement gagné le respect le plus total de ses hommes quand il avait viré, sans une once d’hésitation, le fils du patron qui avait eu la mauvaise idée de fumer en cachette une mini-cigarette.
Cette nouvelle société ultra pro-environnementale, pourtant basée sur le capitalisme, tentait de rendre conscients les citoyens de leur « éco-responsabilité ». Si les cigarettes étaient toujours vendues dans le commerce, l’état faisait absolument tout pour en décourager ses esclaves, à commencer par restreindre de plus en plus leur espace. En Europe, ça avait commencé par l’interdiction de fumer dans les restaurants, puis la loi l’avait étendue aux cafés et enfin aux espaces publics. Quoi que plus normal ? avaient scandé en cœur les populations. Des patrons d’établissement avaient tenté d’exploiter une faille dans le système en ouvrant des clubs privés, mais au fil des années, des associations leur étaient tombés sur le râble pour un motif ou un autre. Ces clubs très select avaient fermé l’un après l’autre.

Les édiles s’étaient ensuite attaqués à la mobilité.
L’état, soutenu par les crédits quasi inépuisables des sociétés de transports publics, avait dégoûté les automobilistes en limitant les places de parking dans les villes, en taxant scandaleusement les assurances auto et autres avantages liées aux voitures de fonction, en réduisant les accès aux capitales et, finalement, en faisant payer une taxe tellement prohibitive aux automobilistes intra-muros que le métier de taximan avait fini par disparaître. Il avait fallu pourtant attendre les grèves de quarante pour que, sous la pression populaire, états et sociétés de transports rendent enfin les trains, trams et métros gratuits à tous.

Bo ne fumait pas.

Bo empruntait le tram et deux métros pour venir à son lieu de travail. Il tentait d’être irréprochable car il ne voulait pas perdre son job, non qu’il lui plaisait, mais Bo était parti avec plusieurs handicaps dans cette Nouvelle Europe toute propre. Il était unilingue, ne possédait aucun diplôme et surtout, on ne pouvait plus vraiment compter sur sa vivacité. Pour toutes ces raisons, il avait été contraint de faire des shifts dans ce fast-food de luxe.

Alejander était dans le même cas, si ce n’est qu’il était originaire d’un village un peu plus au Nord de la capitale. Il aurait moins de problèmes à retrouver un travail si le chef ne lui dressait pas un rapport trop négatif.

Bo n’avait pas envie de voir son ami se faire humilier, il ne pouvait cependant l’empêcher sans se mettre à découvert et se mettre Monsieur Ferraud à dos. L’esclave moderne s’enferma dans son travail, emballant le plus vite et le plus proprement possible les hamburgers végé dans leurs petits cartons recyclés pour qu’ils soient vite emportés par l’un des responsables du comptoir. Ils n’avaient qu’à s’empiffrer de l’autre côté de la salle avec ces sandwiches chauds au beyond meat, le rapport apport-déchets idéal pour que la machine qui analyserait les restes leur délivre cinq malheureux feuillets de papier-cul. L’écologie ! Mon œil ! Cette société ne causait qu’en termes de fric ! Bo se mordit les lèvres pour ne pas jurer.

Quand il osa redresser la tête, le chef et Alejander étaient partis. À la place de celui qu’il avait à sa gauche pendant dix heures d’affilée, il n’y avait plus que le vide. Le vieux Bo, qui fêterait ses soixante-neuf ans le mois prochain et qui avait besoin de ce travail car il n’aurait pas été capable de vivre avec sa pension de misère, se dit qu’il allait devoir travailler pour deux. Il ressentit une peur terrible et incontrôlable qu’il se concrétisa quelque part en bas de son corps, du côté de ses sphyncters.

Il allait à nouveau devoir quémander nouveaux sept feuillets. 

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Adman – la nouvelle complète (et corrigée)

L’enfant a les yeux tellement écarquillés que sa mère se demande s’ils vont se détacher pour rouler sur le trottoir. Dans un cartoon, ça peut arriver, dans la vraie vie, c’est plutôt impossible.
Elle le traîne depuis qu’il est sorti de l’école, à la limite de l’horaire fixée par le personnel scolaire. À de nombreuses reprises, on l’a menacée que la prochaine fois, elle récupérerait Théo chez les flics. Malgré sa bonne volonté, Marina n’y arrive pas, elle a toujours quelque chose à faire en dernière minute avec le sentiment diffus que l’avenir de l’entreprise pour laquelle elle bosse depuis moins de deux ans en dépend. 

Même s’il a gardé longtemps le silence, Théo en veut à sa mère. Le sentiment d’abandon s’est développé au fil des semaines et il craint qu’un soir, elle ne vienne pas le rechercher. Dans son cerveau meurtri a germé l’idée que ce jour aurait lieu demain et il freine des quatre fers pour rentrer à la maison. Il refuse que commence son dernier jour avec sa maman. Il se dit que s’il ne dort pas, il aura une chance d’échapper à l’abandon. Les lumières sont déjà éteintes d’ailleurs.

Obligée de le traîner à sa suite, sa génitrice commence à perdre patience. Il lui faut encore faire les courses et préparer le repas, ce qui ne sera pas facile dans la pénombre. Ce soir, c’est le blackout, le jour du mois où les lumières de la ville sont éteintes pour sauver ce qui reste à sauver de la planète. Elle se félicite d’avoir pensé à prendre sa lampe frontale. Et puis – elle ne l’avouera pas devant lui, bien entendu – elle veut mettre Théo au lit assez tôt car elle aimerait connaître la suite de sa série, A Safer World. Ça, au moins, elle n’en sera pas privée par les écolos car elle a sauvé l’épisode hier soir sur son smartphone.

Alors qu’ils traversent une artère où un gigantesque bouchon est en train de se former, le gamin se fige devant un VivaVegan, le fastfood sain et éthique qui a supplanté ceux des bouffeurs de bidoche des années auparavant. L’arrêt a été tellement abrupt que Marina a perdu le contact avec la main de son gamin et a légèrement basculé en avant, emportée par son élan.

« Mais quelle mouche te pique ? lance-t-elle à son fils, immobile sur le trottoir, bouche grande ouverte et tête levée. On doit rentrer avant le black…

C’est à ce moment qu’elle se fait la réflexion à propos de ses globes oculaires. Soudainement effrayée, elle songe que son gamin fait une crise d’épilepsie. Elle ne connaît pas grand-chose à cette affliction qu’on surnomme le « haut-mal », à part que d’illustres personnages comme Jules César et Napoléon en étaient affligés. Elle s’avance, de plus en plus inquiète, regrettant ses vilaines pensées et ses désirs devenus futiles, en direction de son rejeton. Alors qu’elle s’apprête à lui toucher la joue, celui-ci tend l’index vers le ciel. »

Oh, le beau feu d’artifice !

Avant que sa mère suive des yeux la direction de son doigt, un hurlement arrête son mouvement.

Et malgré la circulation de cette fin de journée, elle entend très nettement ce bruit atroce qui la hantera jusqu’à son dernier souffle.

***

Mickaël Gancberg – « Mikey » pour les intimes – patiente dans la salle d’attente depuis une bonne heure, regrettant de n’avoir pris un truc à faire. Il pensait qu’il s’agissait d’une formalité de quelques minutes, cependant depuis qu’il s’est pointé à la réception où il a lu (en diagonale, regrettera-t-il plus tard), puis électroniquement signé la décharge, on semble l’avoir oublié.

Seul dans une salle longue et étroite, il se morfond parmi une rangée de chaises vides et une table sur laquelle n’est posée qu’une pile de folders dont la seule vue lui donne la migraine. Au fond, à côté de la porte, un écran de télé diffuse un épisode de A Safer World, la série consacrée à Greta Thunberg dont le voilier a disparu dans l’Atlantique l’année dernière alors qu’elle tentait de traverser le Cap de Bonne Espérance. Le son est coupé, de sorte qu’il lui est impossible de suivre le déroulement de l’histoire. De toute manière, il a raté le début, alors à quoi bon tenter de comprendre l’intrigue qu’il connaît d’ailleurs déjà comme tout un chacun ? Chez lui, il suit Pretty Old Bones, avec James Dean et Audrey Hepburn, deux monstres sacrés du cinéma du vingtième siècle ressuscités grâce à la technologie virtuelle. Il avait commencé cette série avec Dani, son ex. À présent qu’elle s’est tirée, il se demande s’il va poursuivre. D’ailleurs, cet abonnement au service de films et séries à la demande, Dimazix, conglomérat formé par les géants du streaming Disney, Amazon et Netflix, lui coûte assez cher et sans doute devra-t-il le résilier s’il ne décroche pas ce boulot. Il a perdu son dernier job à la fin de l’été. Certes, il savait qu’il était temporaire, cela ne l’a cependant pas empêché de l’avoir mauvaise. Le loyer ne se paie pas tout seul et, à présent qu’il n’a plus qu’un salaire, il ne peut plus se reposer sur l’autre. Mikey est une grosse feignasse un peu profiteuse, il le sait et tente de s’améliorer à son rythme.

« Monsieur Gancberg ?

Mikey sursaute comme un quidam surpris la main dans le slip à se gratter l’entrejambe. En face de lui, une jeune femme au crâne glabre, très élégante dans sa chemise à col Mao hyper ceintrée. Elle est si dépourvue de formes au niveau de la poitrine que le garçon se demande s’il ne s’agit pas d’une Amazzone. Une Amazone avec deux « Z », ces femmes qui ont subi une double mastectomie par choix, sans raison médicale impérieuse. Cette tendance lui coupe les jambes ; une fille, c’est une fille parce qu’elle a des seins (les « caractères sexuels secondaires » disait son prof de bio), les retirer relève de la folie, ni plus ni moins. Ce féminisme exacerbé, il ne le comprend pas, mais il ne va certainement pas en faire la remarque devant celle qui lui promet un avenir meilleur.

Niveau look, le postulant s’est, quant à lui, jeté le matin dans un pantalon à poches et un tee-shirt avec Mikey (Mouse, cette fois) portant l’armure de Darth Vader. Sans doute, se dit-il avec un éclair de lucidité tardif, pas la meilleure tenue pour se présenter à une entrevue… Il retire nerveusement sa casquette en s’avançant vers l’employée, laquelle n’a pas relevé les yeux de sa tablette aussi ultraplate qu’elle-même et sur laquelle elle pianote en virtuose.   

« Vous êtes attendu en SDR 4. Monsieur Thomas, le fils de Monsieur Eddie vous attend.

Mikey leva un doigt en l’air en bon élève.

« « SDR » ?

Elle lève finalement le regard dans sa direction, remarque sans doute pour la première fois qu’elle a affaire à un être humain et lui répond d’un ton las, insistant sur les majuscules :

« Salle De Réunion. La quatre.

« Et… heu… elle…

« Vous prenez l’ascenseur près du main desk. Couloir de droite après la porte vitrée. SDR 4. Vous avez noté ?   

Sur ces paroles, l’Amazzone s’efface pour le laisser passer.
Quand il arrive à la réception, il est heureux de constater qu’elle ne l’a pas suivi. Décidément, il ne se sent pas vraiment à l’aise avec les hyper-féministes.

***

« Monsieur Thomas, le fils de Monsieur Eddie » semble avoir été taillé dans une branche de sureau. Mikey craint qu’il se casse en se levant de sa chaise s’il lui tend la main. Aucune main n’est cependant tendue, en tous cas, vers lui. Rivé à son écran comme l’était la jeune femme, l’homme désigne sans un regard en direction du nouveau venu une boite transparente de la taille d’un écrin à bijoux.

« Monsieur Gancberg, pas la peine de vous asseoir, nous n’en avons pas pour longtemps.

Les yeux de Mikey vont et viennent. Pas la moindre chaise à part celle qu’occupe son – il l’espère – futur employeur. Une blague ? Il serait étonné. Ce type est du genre à passer ses vacances aux Seychelles le nez collé à sa tablette ou son portable.

« Vous avez signé votre contrat, lequel m’est revenu après vérification de vos antécédents auprès de notre service juridique. Vous avez déclaré ne souffrir d’aucune maladie, qu’elle soit physique ou psychologique, est-ce exact ?

À part le début de dépression suite au départ de Dani qu’il a réglée à coup de shots et de porno, rien à signaler. RAS, aurait dit l’Amazzone.

« Bien. Vous prendrez cette pilule ce soir avant d’aller vous coucher. Ne la faites passer qu’avec de l’eau, c’est bien compris ?  Pas d’alcool et surtout pas de boissons gazeuses qui risqueraient d’attaquer la pellicule. Ne vous inquiétez pas, demain, vous pourrez reprendre votre régime alimentaire. Vous avez des questions ?

La casquette entre les mains, Mikey s’autorise une question :

 » Oui. Mais… heu… qu’est-ce que… vous ne m’avez pas… enfin, j’ai pas…

 » Vous ignorez les effets secondaires ? Ils étaient pourtant stipulés dans le contrat. Vous êtes notre cobaye, Monsieur Gancberg … en quelque sorte… Nous attendons de vous un suivi complet ainsi qu’un rapport détaillé des éventuelles complications.         

Le jeune homme reste sans voix. Cobaye ? Le mot lui fait grincer des dents. Il regrette amèrement d’avoir signé sans lire, c’est la première, mais pas la dernière fois.

« Allons, Monsieur Gancberg, pourquoi pensez-vous que vous soyez si bien payé ?

***

À partir du moment où il s’était retrouvé dans la rue comme poussé par une vague invisible, jusqu’au moment où il s’était retrouvé face à son verre de flotte, le cachet à la main, Mikey n’a pas prononcé un mot. Elle parait bien inoffensive cette petite pilule translucide, elle contient pourtant un million de bidules électroniques qui feront plus que lui donner un ulcère si l’expérience se passe mal. Il se promet que, s’il survit à cela, il lira dorénavant les contrats, y compris les petits caractères.

Devant l’image figée de la télévision (il a pensé qu’un épisode de la vie remarquable de Greta lui insufflerait un peu de courage), il soupire. Son regard transite par l’appli qui lui révèle l’état de son compte ; la première tranche a été payée. 1500 Euros. C’est pas l’Eldorado, mais le triple l’attend dans un mois s’il remet son rapport. 

Lentement, très lentement, sa paume s’élève jusqu’à ses lèvres. Lorsque l’objet entre en contact avec sa langue, il a la brève tentation de le recracher. Il a la sensation de bouffer une boule de neige. Beaucoup plus rapidement, son autre main s’empare du verre d’eau et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les nanorobots glissent dans son œsophage.

Il passera une mauvaise nuit, entre crampes et vertiges et finira par trouver le sommeil aux petites heures.

***

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 1

Statut du rapport : Confidentiel

(La syntaxe et l’orthographe ont été corrigées par William R. du laboratoire AdvFina. Les noms des employés de la société AdvFina ainsi que ses tiers ont fait l’objet d’une censure comme le prévoit l’article 13 bis du contrat de travail).

J’ai passé une nuit de merde, sans doute la pire de ma vie. J’avais l’impression qu’un rat me bouffait les entrailles. S’ils veulent commercialiser ce produit, ils ont plutôt intérêt à corriger le tir.

J’ai été réveillé à cause d’une lumière vive. J’ai pensé que c’était parce qu’on était en pleine journée, mais en fait, c’était encore la nuit. J’ai eu du mal à ouvrir les paupières tant la clarté était forte. Je me suis dit que je devais avoir la gueule de bois. Mais en fait non, sous les conseils de M. T., je n’avais pas bu une goutte d’alcool, mais il m’a fallu quelques instants pour m’en rappeler. La migraine était intense et je pensais la faire passer avec un solide petit-déjeuner.

J’ai essayé plusieurs fois d’ouvrir les yeux, mais c’était impossible. On aurait dit que j’étais à cinq kilomètres du soleil, sauf que ma peau ne brûlait pas. Alors, j’ai essayé de quitter le lit à tâtons, ça n’a pas été sans mal. Comme je ne suis pas quelqu’un d’ordonné, j’ai dû me cogner à tous mes meubles et marcher sur à peu près tout ce que j’avais laissé traîner par terre. Dans le salon, j’ai une paire de lunettes de soleil dans un tiroir. Je l’utilise en été et c’est à peu près le seul objet que je range. J’ai donc mis la main dessus rapidement. Autant dire que ça n’a pas servi à grand-chose. J’ai juste réussi à ne plus être totalement aveuglé le temps de me rendre compte que je ne pouvais pas voir plus de deux secondes. J’ai paniqué, j’ai appelé l’hôpital. Il m’a fallu dix minutes pour composer le numéro. Ils ont dit qu’ils se dépêcheraient, ça leur a pris une heure. Je suis content de ne pas avoir pris une balle dans le bide !

Les ambulanciers ont crié quand ils sont arrivés, de surprise, pas de dégoût. Je ne sais pas ce qui est le pire de la part de ce genre de types qui en voient des vertes et des pas mûres. Ils m’ont emmené en pestant. L’un d’entre-eux a dit : « pas dans l’ambulance ». Sur le moment, je n’ai pas compris.

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 3

Statut du rapport : Confidentiel

(La syntaxe et l’orthographe ont été corrigées par William R. du laboratoire AdvFina. Les noms des employés de la société AdvFina ainsi que ses tiers ont fait l’objet d’une censure comme le prévoit l’article 13 bis du contrat de travail)

Au bout de deux jours, un médecin est venu me parler. Il avait une voix jeune et dynamique. Depuis qu’on m’avait alité, personne n’avait pris la peine de prendre de mes nouvelles. Ça m’a fait du bien d’entendre une voix humaine. Il m’a demandé ce que j’avais pris, s’il s’agissait une nouvelle drogue. On m’avait mis une sorte de bandeau sur les yeux pour me soulager, malgré ça, il y avait toujours une lueur gênante qui me martyrisait jour et nuit.
J’ai répondu que non, que je participais à une expérience, mais que le contrat que j’avais signé m’interdisait de divulguer son nom.
J’ai demandé ce qui se passait. Le docteur a hésité un moment avant de me dire que s’il me le disait, je ne le croirais pas. Il m’a ensuite demandé de l’attendre et qu’il reviendrait plus tard.
Je l’ai attendu longtemps.

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 4

Statut du rapport : Confidentiel

On m’a fait lever et conduit hors de la chambre. Quelqu’un (pas le docteur car il me tenait les deux mains pour me permettre d’avancer) m’a posé un manteau sur les épaules et fait asseoir sur un fauteuil roulant. Puisqu’on m’avait condamné à me déplacer comme un homme privé de ses fonctions motrices, on m’a piloté jusqu’à un ascenseur. J’ai entendu le son spécifique annonçant son arrivée, l’ouverture et la fermeture des portes. Le voyage n’a duré qu’une minute et, lorsque les portes se sont ouvertes à nouveau, on m’a à nouveau piloté quelques instants.

« Il va falloir marcher, M. Gancberg. Vous vous en sentez capable ?  

Bien sûr que je m’en sentais capable, j’étais aveugle, guère impotent !
Les mains dans celles de mon médecin, j’ai gravi les marches jusqu’à un plateau. On a déverrouillé une porte et, lorsque je l’ai franchie, une bourrasque de vent a soulevé ma chasuble médicale. Alors que j’avais froid, quelqu’un a ôté la veste dont on m’avait paré. J’ai frissonné, on s’est excusé.

« Désolé, M. Gancberg, mais elle va nous encombrer.

Les mains se sont emparées de l’artefact posé sur mon crâne et l’ont ôté. J’ai crié. Petite nature, me suis-je dit, j’ai fermé les yeux comme si on s’apprêtait à me les crever.

« Regardez, M. Gancberg, c’est incroyable, m’a dit le médecin en battant des mains comme un gosse.

Je me suis exécuté, non sans réticences.
Mes jambes se sont dérobées tandis qu’il criait :
« Manquerait plus que le Batman se pointe !       

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 5

Statut du rapport : Confidentiel

J’ai reçu un coup de téléphone de Maître S. d’AdvFina quelques jours après mon admission. Il m’a rapporté que Monsieur T. n’était pas ravi de la tournure que prenaient les événements et que je ferais bien de quitter l’hôpital au plus vite. Il s’agissait d’une mauvaise publicité qu’il voulait s’épargner et se proposait de me faire envoyer une voiture pour me conduire à ses labos où je serais examiné par son équipe scientifique. Il m’a également demandé de lui remettre mon rapport et j’ai bien été obligé de lui avouer que je l’avais pas encore écrit une seule ligne. Il comprendrait quand il me verrait.

Fin de matinée, on est venu m’annoncer qu’on m’attendait à la réception. Quelqu’un m’a recouvert d’une sorte de combinaison de cosmonaute et on m’a conduit jusqu’au grand hall. Là, le gars qui se chargeait de mon transport a dit qu’il n’était pas question qu’il me prenne dans son véhicule et il est reparti immédiatement. Le médecin qui ne savait pas quoi faire de moi m’a enfermé dans une pièce jusqu’à ce qu’on me prévienne que quelqu’un était prêt à m’emmener loin de la clinique.

Le trajet a duré une heure, peut-être un peu plus. En tous cas, il m’a paru très long. J’ai reconnu la voix de l’Amazzone quand je suis sorti de la voiture. Elle m’a dit que Monsieur T. et Monsieur F. de l’équipe scientifique m’attendaient au Labo GT. Je n’en suis sorti que le surlendemain.   

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 7

Statut du rapport : Confidentiel

Les lunettes dont on m’a équipé me permettent d’ouvrir suffisamment les yeux pour me déplacer seul, pourvu que je ne doive pas parcourir de longues distances. L’Amazzone à qui j’ai dicté les sept premiers jours de mon calvaire a joué à ma secrétaire et a transmis ses notes à Monsieur T., le fils de Monsieur E.

Monsieur F. de l’équipe scientifique m’a annoncé non sans fierté que le défaut majeur avait été corrigé pour la version 2.0 du produit et qu’il me remerciait au nom de son équipe pour le courage dont j’avais fait preuve jusqu’alors. J’ai ressenti un pincement au cœur car c’était bien la première fois qu’on me faisait un tel compliment. Si Dani avait été là, elle aurait certainement trouvé à en redire.

 Ma sortie (sous surveillance) à été programmée pour le dix-sept, c’est-à-dire dans trois jours. Je tue le temps comme je peux. J’attends la seconde partie de ma mission avec impatience, au moins pourrais-je enfin sortir d’ici.

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 10

Statut du rapport : Confidentiel

Comme je ne peux toujours pas marcher seul, mes déplacements sont orchestrés par Fonzie. Il prétend que tout le monde le surnomme ainsi car il ressemble à Henry Winkler lorsqu’il interprétait ce caractère dans Happy days. Quand le soleil se couche, il se pointe chez moi et m’embarque dans une sorte de pick-up où il m’assied à l’arrière tandis qu’il sillonne la ville et que j’entends des cris d’excitation.

Je suis AdMan et tel le batsignal, je projette dans les nuages des logos publicitaires que seules les grandes enseignes peuvent se payer. Pour l’instant VivaVegan s’est loué une semaine de pub phénoménales par le truchement de mon corps. Ça leur a coûté la moitié de leur budget publicitaire, mais ça doit en valoir la peine car leur chiffre d’affaires à augmenté de quinze pour cents. AdvFina me loue à prix d’or et ils sont tellement contents de mes prestations qu’ils m’ont réglé le solde de la somme promise (plus un bonus substantiel !) avant la fin de la période d’essai. J’ai simplement dû signer, enfin apposer mon empreinte car je n’y vois plus, sur un document stipulant que je renonçais à toute poursuite les concernant. J’ai enfin pu payer les mois de retard et éviter la honte de l’expulsion. J’ai également pu m’offrir une sorte de casque totalement opaque qui me permet de prendre quelques heures de repos par nuit, pas suffisamment pour me sentir frais à dispos, mais faute de merle…

Au fil des jours, je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à me passer de ce casque. Fonzie me surnomme le Daft Punk perdu. Je suis étonné qu’en dépit de sa jeunesse, il connaisse ce groupe de musique disparu depuis bien longtemps.

Rapport de Benjamin « Fonzie » Fredman dicté par Michaël Gancberg

Trois semaines que je me balade la nuit avec le jeune Fonzie en guise de chien d’aveugle. Les gens paraissent moins fascinés par ma présence, j’imagine que c’est la nature humaine d’être rapidement blasé.

On m’a donc fait quitter la capitale et mis dans un cargo, direction l’Europe. J’ai fasciné Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, Rome et Madrid un temps, oubliant mon sacerdoce et bradant ma santé. Mais quand j’ai lassé l’Europe, on ne m’a pas envoyé à l’Est. On m’a fait comprendre que l’expérience avait été concluante, mais qu’elle ne se poursuivrait pas, les crédits n’affluant plus comme au premier jour.

« Et je fais quoi, moi, avec le Batsignal ? j’ai demandé à Maître S. quand il m’a annoncé la nouvelle.

Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que les nanorobots avaient une obsolescence programmée et qu’ils allaient être absorbés par mon organisme. C’était une question de semaines, un mois tout au plus.

J’ai attendu un an. J’ai tenté d’attaquer la firme en justice, mais j’avais signé une décharge, rendant caduque toute attaque contre eux. Encore une fois, je n’avais pas lu les petits caractères, mais comment l’aurais-je pu dans ma condition ? Mon avocat a essayé de plaider l’abus de faiblesse, nous avons été déboutés par leur armée d’avocats.  

J’ai essayé, par le biais de Fonzie qui m’est resté fidèle, de trouver un chirurgien qui pourrait m’enlever ses saloperies du corps. Aucun n’a osé tenter l’expérience. Ils n’ont pu non plus rien faire pour mes cornées irréparables. Un oncologue a également parlé de risque de cancer.

J’ai demandé à Fonzie de m’enregistrer. Je ne veux pas que ces salopards s’en sortent à si bon compte. Je compte sur lui pour diffuser le message auprès des médias. Je doute qu’il y parvienne, Monsieur T. a des amis partout, j’en ai fait les frais.

Avec le peu d’argent qu’il me reste, je lui ai demandé de payer un gars pour qu’il diffuse ma confession sur le Net. C’est prévu demain à dix-huit heures trente, quand le soleil se couchera. À ce moment là, je ferai le grand saut de l’immeuble situé juste en face d’AdvFina. C’est justement le soir où, par respect pour l’écologie, toutes les lumières de la ville seront éteintes. 

Ça me fera un beau départ.

                                            Achevé à Ixelles le 12 mars 2021.

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Adman (2ème partie)

Adman (2ème partie)

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 3

Statut du rapport : Confidentiel

(La syntaxe et l’orthographe ont été corrigées par William R. du laboratoire AdvFina. Les noms des employés de la société AdvFina ainsi que ses tiers ont fait l’objet d’une censure comme le prévoit l’article 13 bis du contrat de travail)

Au bout de deux jours, un médecin est venu me parler. Il avait une voix jeune et dynamique. Depuis qu’on m’avait alité, personne n’avait pris la peine de prendre de mes nouvelles. Ça m’a fait du bien d’entendre une voix humaine. Il m’a demandé ce que j’avais pris, s’il s’agissait une nouvelle drogue. On m’avait mis une sorte de bandeau sur les yeux pour me soulager, malgré ça, il y avait toujours une lueur gênante qui me martyrisait jour et nuit.
J’ai répondu que non, que je participais à une expérience, mais que le contrat que j’avais signé m’interdisait de divulguer son nom.
J’ai demandé ce qui se passait. Le docteur a hésité un moment avant de me dire que s’il me le disait, je ne le croirais pas. Il m’a ensuite demandé de l’attendre et qu’il reviendrait plus tard.
Je l’ai attendu longtemps.

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 4

Statut du rapport : Confidentiel

On m’a fait lever et conduit hors de la chambre. Quelqu’un (pas le docteur car il me tenait les deux mains pour me permettre d’avancer) m’a posé un manteau sur les épaules et fait asseoir sur un fauteuil roulant. Puisqu’on m’avait condamné à me déplacer comme un homme privé de ses fonctions motrices, on m’a piloté jusqu’à un ascenseur. J’ai entendu le son spécifique annonçant son arrivée, l’ouverture et la fermeture des portes. Le voyage n’a duré qu’une minute et, lorsque les portes de son ouvertes à nouveau, on m’a à nouveau piloté quelques instants.

« Il va falloir marcher, M. Gancberg. Vous vous en sentez capable ?  

Bien sûr que je m’en sentais capable, j’étais aveugle, guère impotent !
Les mains dans celles de son médecin, j’ai gravi les marches jusqu’à un plateau. On a déverrouillé une porte et, lorsque je l’ai franchie, une bourrasque de vent à soulevé ma chasuble médicale. Alors que j’avais froid, quelqu’un a ôté la veste dont on m’avait paré. J’ai frissonné, on s’est excusé.

« Désolé, M. Gancberg, mais elle va nous encombrer.

Les mains se sont emparées de l’artefact posé son mon crâne et l’ont ôté. J’ai crié. Petite nature, me suis-je dit, j’ai fermé les yeux comme si on s’apprêtait à le mes crever.

« Regardez, M. Gancberg, c’est incroyable, m’a dit le médecin en battant des mains comme un gosse.

Je me suis exécuté, non sans réticences.
Mes jambes se sont dérobées tandis qu’il criait :
« Manquerait plus que le Batman se pointe !       

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 5

Statut du rapport : Confidentiel

J’ai reçu un coup de téléphone de Maître S. d’AdvFina quelques jours après mon admission. Il m’a rapporté que Monsieur T. n’était pas ravi de la tournure que prenaient les événements et que je ferais bien de quitter l’hôpital au plus vite. Il s’agissait d’une mauvaise publicité qu’il voulait s’épargner et se proposait de me faire envoyer une voiture pour me conduire à ses labos où je serais examiné par son équipe scientifique. Il m’a également demandé de lui remettre mon rapport et j’ai bien été obligé de lui avouer que je l’avais pas encore écrit une seule ligne. Il comprendrait quand il me verrait.

Fin de matinée, on est venu m’annoncer qu’on m’attendait à la réception. Quelqu’un m’a recouvert d’une sorte de combinaison de cosmonaute et on m’a conduit jusqu’au grand hall. Là, le gars qui se chargeait de mon transport a dit qu’il n’était pas question qu’il me prenne dans son véhicule et il est reparti immédiatement. Le médecin qui ne savait pas quoi faire de moi m’a enfermé dans une pièce jusqu’à ce qu’on me prévienne que quelqu’un était prêt à m’emmener loin de la clinique.

Le trajet a duré une heure, peut-être un peu plus. En tous cas, il m’a paru très long. J’ai reconnu la voix de l’Amazzone quand je suis sorti de la voiture. Elle m’a dit que Monsieur T. et Monsieur F. de l’équipe scientifique m’attendaient au Labo GT. Je n’en suis sorti que le surlendemain.   

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 7

Statut du rapport : Confidentiel

Les lunettes dont on m’a équipé me permettent d’ouvrir suffisamment les yeux pour me déplacer seul, pourvu que je ne doive pas parcourir de longues distances. L’Amazzone à qui j’ai dicté les sept premiers jours de mon calvaire a joué à ma secrétaire et a transmis ses notes à Monsieur T., le fils de Monsieur E.

Monsieur F. de l’équipe scientifique m’a annoncé non sans fierté que le défaut majeur avait été corrigé pour la version 2.0 du produit et qu’il me remerciait au nom de son équipe pour le courage dont j’avais fait preuve jusqu’à lors. J’ai ressenti un pincement au cœur car c’était bien la première fois qu’on me faisait un tel compliment. Si Dani avait été là, elle aurait certainement trouvé à en redire.

  Ma sortie (sous surveillance) à été programmée pour dix-sept, c’est-à-dire dans trois jours. Je tue le temps comme je peux. J’attends la seconde partie de ma mission avec impatience, au moins pourrais-je enfin sortir d’ici.

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 10

Statut du rapport : Confidentiel

Comme je ne peux toujours pas marcher seul, mes déplacements sont orchestrés par Fonzie. Il prétend que tout le monde le surnomme ainsi car il ressemble à Henry Winkler lorsqu’il interprétait ce caractère dans Happy days. Quand le soleil se couche, il se pointe chez moi et m’embarque dans une sorte de pick-up où il m’assied à l’arrière tandis qu’il sillonne la ville et que j’entends des cris d’excitation.

Je suis AdMan et tel le batsignal, je projette dans les nuages des logos publicitaires que seules les grandes enseignes peuvent se payer. Pour l’instant VivaVegan s’est loué une semaine de pub phénoménales par le truchement de mon corps. Ça leur a coûté la moitié de leur budget publicitaire, mais ça doit en valoir la peine car leur chiffre d’affaires à augmenté de quinze pour cents. AdvFina me loue à prix d’or et ils sont tellement contents de mes prestations qu’ils m’ont réglé le solde de mes avoirs plus bonus avant la fin de la période d’essai. J’ai simplement dû signer, enfin apposer mon empreinte car je n’y vois plus, sur un document stipulant que je renonçais à toute poursuite les concernant. J’ai enfin pu payer les mois de retard et éviter la honte de l’expulsion. J’ai également pu m’offrir une sorte de casque totalement opaque qui me permet de prendre quelques heures de repos par nuit, pas suffisamment pour me sentir frais à dispos, mais faute de merle…

Au fil des jours, je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à me passer de ce casque. Fonzie me surnomme le Daft Punk perdu. Je suis étonné qu’en dépit de sa jeunesse, il connaisse ce groupe de musique disparu depuis bien longtemps.

Rapport de Benjamin « Fonzie » Fredman dicté par Michaël Gancberg

Trois semaines que je me balade la nuit avec le jeune Fonzie en guise de chien d’aveugle. Les gens paraissent moins fascinés par ma présence, j’imagine que c’est la nature humaine d’être rapidement blasé.

On m’a donc fait quitter la capitale et mis dans un cargo, direction l’Europe. J’ai fasciné Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, Rome et Madrid un temps, oubliant mon sacerdoce et bradant ma santé. Mais quand j’ai lassé l’Europe, on ne m’a pas envoyé à l’Est. On m’a fait comprendre que l’expérience avait été concluante, mais qu’elle ne se poursuivrait pas, les crédits n’affluant plus comme au premier jour.

« Et je fais quoi, moi, avec le Batsignal ? j’ai demandé à Maître S. quand il m’a annoncé la nouvelle.

Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que les nanorobots avaient une obsolescence programmée et qu’ils allaient être absorbés par mon organisme. C’était une question de semaines, un mois tout au plus.

J’ai attendu un an. J’ai tenté d’attaquer la firme en justice, mais j’avais signé une décharge, rendant caduque toute attaque contre eux. Encore une fois, je n’avais pas lu les petits caractères, mais comment l’aurais-je pu dans ma condition ? Mon avocat a essayé de plaider l’abus de faiblesse, nous avons été déboutés par leur armée d’avocats.  

J’ai essayé, par le biais de Fonzie qui n’est resté fidèle, de trouver un chirurgien qui pourrait m’enlever ses saloperies du corps. Aucun n’a osé tenter l’expérience. Ils n’ont pu non plus rien faire pour mes cornées irréparables. Un oncologue a également parlé de risque de cancer.

J’ai demandé à Fonzie de m’enregistrer. Je ne veux pas que ces salopards s’en sortent à si bon compte. Je compte sur lui pour diffuser le message auprès des médias. Je doute qu’il y parvienne, Monsieur T. a des amis partout, j’en ai fait les frais.

Avec le peu d’argent qu’il me reste, je lui ai demandé de payer un gars pour qu’il diffuse ma confession sur le Net. C’est prévu demain à dix-huit heures trente, quand le soleil se couchera. À ce moment là, je ferai le grand saut de l’immeuble situé juste en face d’AdvFina. C’est justement le soir où, par respect pour l’écologie, toutes les lumières de la ville seront éteintes. 

Ça me fera un beau départ.

                                            Achevé à Ixelles le 12 mars 2021.

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Adman (1ère partie)

L’enfant a les yeux tellement écarquillés que sa mère se demande s’ils vont se détacher pour rouler sur le trottoir. Dans un cartoon, ça peut arriver, dans la vraie vie, c’est plutôt impossible.
Elle le traîne depuis qu’il est sorti de l’école, à la limite de l’horaire fixée par le personnel scolaire. À de nombreuses reprises, on l’a menacée que la prochaine fois, elle récupérerait Théo chez les flics. Malgré sa bonne volonté, Marina n’y arrive pas, elle a toujours quelque chose à faire en dernière minute avec le sentiment diffus que l’avenir de l’entreprise pour laquelle elle bosse depuis moins de deux ans en dépend. 

Même s’il a gardé longtemps le silence, Théo en veut à sa mère. Le sentiment d’abandon s’est développé au fil des semaines et il craint qu’un soir, elle ne vienne pas le rechercher. Dans son cerveau meurtri a germé l’idée que ce jour aurait lieu demain et il freine des quatre fers pour rentrer à la maison. Il refuse que commence son dernier jour avec sa maman. Il se dit que s’il ne dort pas, il aura une chance d’échapper à l’abandon. Les lumières sont déjà éteintes d’ailleurs.

Obligée de le traîner à sa suite, sa génitrice commence à perdre patience. Il lui faut encore faire les courses et préparer le repas, ce qui ne sera pas facile dans la pénombre. Ce soir, c’est le blackout, le jour du mois où les lumières de la ville sont éteintes pour sauver ce qui reste à sauver de la planète. Elle se félicite d’avoir pensé à prendre sa lampe frontale. Et puis – elle ne l’avouera pas devant lui, bien entendu – elle veut mettre Théo au lit assez tôt car elle aimerait connaître la suite de sa série, A Safer World. Ça, au moins, elle n’en sera pas privée par les écolos car elle a sauvé l’épisode hier soir sur son smartphone.

Alors qu’ils traversent une artère où un gigantesque bouchon est en train de se former, le gamin se fige devant un VivaVegan, le fastfood sain et éthique qui a supplanté ceux des bouffeurs de bidoche des années auparavant. L’arrêt a été tellement abrupt que Marina a perdu le contact avec la main de son gamin et a légèrement basculé en avant, emportée par son élan.

« Mais quelle mouche te pique ? lance-t-elle à son fils, immobile sur le trottoir, bouche grande ouverte et tête levée. On doit rentrer avant le black…

C’est à ce moment qu’elle se fait la réflexion à propos de ses globes oculaires. Soudainement effrayée, elle songe que son gamin fait une crise d’épilepsie. Elle ne connaît pas grand-chose à cette affliction qu’on surnomme le « haut-mal », à part que d’illustres personnages comme Jules César et Napoléon en étaient affligés. Elle s’avance, de plus en plus inquiète, regrettant ses vilaines pensées et ses désirs devenus futiles, en direction de son rejeton. Alors qu’elle s’apprête à lui toucher la joue, celui-ci tend l’index vers le ciel. »

Oh, le beau feu d’artifice !

Avant que sa mère suive des yeux la direction de son doigt, un hurlement arrête son mouvement.

Et malgré la circulation de cette fin de journée, elle entend très nettement ce bruit atroce qui la hantera jusqu’à son dernier souffle.

***

Mickaël Gancberg – « Mikey » pour les intimes – patiente dans la salle d’attente depuis une bonne heure, regrettant de n’avoir pris un truc à faire. Il pensait qu’il s’agissait d’une formalité de quelques minutes, cependant depuis qu’il s’est pointé à la réception où il a lu (en diagonale, regrettera-t-il plus tard), puis électroniquement signé la décharge, on semble l’avoir oublié.

Seul dans une salle longue et étroite, il se morfond parmi une rangée de chaises vides et une table sur laquelle n’est posée qu’une pile de folders dont la seule vue lui donne la migraine. Au fond, à côté de la porte, un écran de télé diffuse un épisode de A Safer World, la série consacrée à Greta Thunberg dont le voilier a disparu dans l’Atlantique l’année dernière alors qu’elle tentait de traverser le Cap de Bonne Espérance. Le son est coupé, de sorte qu’il lui est impossible de suivre le déroulement de l’histoire. De toute manière, il a raté le début, alors à quoi bon tenter de comprendre l’intrigue qu’il connaît d’ailleurs déjà comme tout un chacun ? Chez lui, il suit Pretty Old Bones, avec James Dean et Audrey Hepburn, deux monstres sacrés du cinéma du vingtième siècle ressuscités grâce à la technologie virtuelle. Il avait commencé cette série avec Dani, son ex. À présent qu’elle s’est tirée, il se demande s’il va poursuivre. D’ailleurs, cet abonnement au service de films et séries à la demande, Dimazix, conglomérat formé par les géants du streaming Disney, Amazon et Netflix, lui coûte assez cher et sans doute devra-t-il le résilier s’il ne décroche pas ce boulot. Il a perdu son dernier job à la fin de l’été. Certes, il savait qu’il était temporaire, cela ne l’a cependant pas empêché de l’avoir mauvaise. Le loyer ne se paie pas tout seul et, à présent qu’il n’a plus qu’un salaire, il ne peut plus se reposer sur l’autre. Mikey est une grosse feignasse un peu profiteuse, il le sait et tente de s’améliorer à son rythme.

« Monsieur Gancberg ?

Mikey sursaute comme un quidam surpris la main dans le slip à se gratter l’entrejambe. En face de lui, une jeune femme au crâne glabre, très élégante dans sa chemise à col Mao hyper ceintrée. Elle est si dépourvue de formes au niveau de la poitrine que le garçon se demande s’il ne s’agit pas d’une Amazzone. Une Amazone avec deux « Z », ces femmes qui ont subi une double mastectomie par choix, sans raison médicale impérieuse. Cette tendance lui coupe les jambes ; une fille, c’est une fille parce qu’elle a des seins (les « caractères sexuels secondaires » disait son prof de bio), les retirer relève de la folie, ni plus ni moins. Ce féminisme exacerbé, il ne le comprend pas, mais il ne va certainement pas en faire la remarque devant celle qui lui promet un avenir meilleur.

Niveau look, le postulant s’est, quant à lui, jeté le matin dans un pantalon à poches et un tee-shirt avec Mikey (Mouse, cette fois) portant l’armure de Darth Vader. Sans doute, se dit-il avec un éclair de lucidité tardif, pas la meilleure tenue pour se présenter à une entrevue… Il retire nerveusement sa casquette en s’avançant vers l’employée, laquelle n’a pas relevé les yeux de sa tablette aussi ultraplate qu’elle-même et sur laquelle elle pianote en virtuose.   

« Vous êtes attendu en SDR 4. Monsieur Thomas, le fils de Monsieur Eddie vous attend.

Mikey leva un doigt en l’air en bon élève.

« « SDR » ?

Elle lève finalement le regard dans sa direction, remarque sans doute pour la première fois qu’elle a affaire à un être humain et lui répond d’un ton las, insistant sur les majuscules :

« Salle De Réunion. La quatre.

« Et… heu… elle…

« Vous prenez l’ascenseur près du main desk. Couloir de droite après la porte vitrée. SDR 4. Vous avez noté ?   

Sur ces paroles, l’Amazzone s’efface pour le laisser passer.
Quand il arrive à la réception, il est heureux de constater qu’elle ne l’a pas suivi. Décidément, il ne se sent pas vraiment à l’aise avec les hyper-féministes.

***

« Monsieur Thomas, le fils de Monsieur Eddie » semble avoir été taillé dans une branche de sureau. Mikey craint qu’il se casse en se levant de sa chaise s’il lui tend la main. Aucune main n’est cependant tendue, en tous cas, vers lui. Rivé à son écran comme l’était la jeune femme, l’homme désigne sans un regard en direction du nouveau venu une boite transparente de la taille d’un écrin à bijoux.

« Monsieur Gancberg, pas la peine de vous asseoir, nous n’en avons pas pour longtemps.

Les yeux de Mikey vont et viennent. Pas la moindre chaise à part celle qu’occupe son – il l’espère – futur employeur. Une blague ? Il serait étonné. Ce type est du genre à passer ses vacances aux Seychelles le nez collé à sa tablette ou son portable.

« Vous avez signé votre contrat, lequel m’est revenu après vérification de vos antécédents auprès de votre service juridique. Vous avez déclaré ne souffrir d’aucune maladie, qu’elle soit physique ou psychologique, est-ce exact ?

À part le début de dépression suite au départ de Dani qu’il a réglée à coup de shots et de porno, rien à signer. RAS, aurait dit l’Amazzone.

« Bien. Vous prendrez cette pilule ce soir avant d’aller vous coucher. Ne la faites passer qu’avec de l’eau, c’est bien compris ?  Pas d’alcool et surtout pas de boissons gazeuses qui risqueraient d’attaquer la pellicule. Ne vous inquiétez pas, demain, vous pourrez reprendre votre régime alimentaire. Vous avez des questions ?

La casquette entre les mains, Mikey s’autorise une question :

 » Oui. Mais… heu… qu’est-ce que… vous ne m’avez pas… enfin, j’ai pas…

 » Vous ignorez les effets secondaires ? Ils étaient pourtant stipulés dans le contrat. Vous êtes notre cobaye, Monsieur Gancberg … en quelque sorte… Nous attendons de vous un suivi complet ainsi qu’un rapport détaillé des éventuelles complications.         

Le jeune homme reste sans voix. Cobaye ? Le mot lui fait grincer des dents. Il regrette amèrement d’avoir signé sans lire, c’est la première, mais pas la dernière fois.

« Allons, Monsieur Gancberg, pourquoi pensez-vous que vous soyez si bien payé ?

***

À partir du moment où il s’était retrouvé dans la rue comme poussé par une vague invisible, jusqu’au moment où il s’était retrouvé face à son verre de flotte, le cachet à la main, Mikey n’a pas prononcé un mot. Elle parait bien inoffensive cette petite pilule translucide, elle contient pourtant un million de bidules électroniques qui feront plus que lui donner un ulcère si l’expérience se passe mal. Il se promet que, s’il survit à cela, il lira dorénavant les contrats, y compris les petits caractères.

Devant l’image figée de la télévision (il a pensé qu’un épisode de la vie remarquable de Greta lui insufflerait un peu de courage), il soupire. Son regard transite par l’appli qui lui révèle l’état de son compte ; la première tranche a été payée. 1500 Euros. C’est pas l’Eldorado, mais le triple l’attend dans un mois s’il remet son rapport. 

Lentement, très lentement, sa paume s’élève jusqu’à ses lèvres. Lorsque l’objet entre en contact avec sa langue, il a la brève tentation de le recracher. Il a la sensation de bouffer une boule de neige. Beaucoup plus rapidement, son autre main s’empare du verre d’eau et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les nanorobots glissent dans son œsophage.

Il passera une mauvaise nuit, entre crampes et vertiges et finira par trouver le sommeil aux petites heures.

***

Expérience AdVFi-10133674-01 – Jour 1

Statut du rapport : Confidentiel

(La syntaxe et l’orthographe ont été corrigées par William R. du laboratoire AdvFina. Les noms des employés de la société AdvFina ainsi que ses tiers ont fait l’objet d’une censure comme le prévoit l’article 13 bis du contrat de travail).

J’ai passé une nuit de merde, sans doute la pire de ma vie. J’avais l’impression qu’un rat me bouffait les entrailles. S’ils veulent commercialiser ce produit, ils ont plutôt intérêt à corriger le tir.

J’ai été réveillé à cause d’une lumière vive. J’ai pensé que c’était parce qu’on était en pleine journée, mais en fait, c’était encore la nuit. J’ai eu du mal à ouvrir les paupières tant la clarté était forte. Je me suis dit que je devais avoir la gueule de bois. Mais en fait non, sous les conseils de M. T., je n’avais pas bu une goutte d’alcool, mais il m’a fallu quelques instants pour m’en rappeler. La migraine était intense et je pensais la faire passer avec un solide petit-déjeuner.

J’ai essayé plusieurs fois d’ouvrir les yeux, mais c’était impossible. On aurait dit que j’étais à cinq kilomètres du soleil, sauf que ma peau ne brûlait pas. Alors, j’ai essayé de quitter le lit à tâtons, ça n’a pas été sans mal. Comme je ne suis pas quelqu’un d’ordonné, j’ai dû me cogner à tous mes meubles et marcher sur à peu près tout ce que j’avais laissé traîner par terre. Dans le salon, j’ai une paire de lunettes de soleil dans un tiroir. Je l’utilise en été et c’est à peu près de seul objet que je range. J’ai donc mis la main dessus rapidement. Autant dire que ça n’a pas servi à grand-chose. J’ai juste réussi à ne plus être totalement aveuglé le temps de me rendre compte que je ne pouvais pas voir plus de deux secondes. J’ai paniqué, j’ai appelé l’hôpital. Il m’a fallu dix minutes pour composer le numéro. Ils ont dit qu’ils se dépêcheraient, ça leur a pris une heure. Je suis content de ne pas avoir pris une balle dans le bide !

Les ambulanciers ont crié quand ils sont arrivés. De surprise, pas de dégoût. Je ne sais pas ce qui est le pire de la part de ce genre de types qui en vient de vertes et des pas mures. Ils m’ont emmené en pestant. L’un d’entre-eux a dit : « pas dans l’ambulance ». Sur le moment, je n’ai pas compris.

(La suite dans quelques jours)

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Merci !

Bonsoir,

Il ne me reste plus qu’une poignée d’exemplaires de l’Equilibre de Dante. Merci à celles et ceux qui l’ont déjà acheté et qui, je l’espère, n’hésiteront pas à me communiquer leurs impressions de lecture. J’espère que vous ressentirez le même plaisir à suivre le parcours d’Axenne, Seth, Hyse et Jéricho Dante que celui que j’ai ressenti en écrivant ce roman.

Belle soirée et à bientôt, dans de meilleures circonstances je l’espère.

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Précommandes

Voilà! Les exemplaires précommandés sont arrivés hier !

Je vous les ferai parvenir durant l’été.

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L’équilibre de Dante – un extrait

Un extrait de mon nouveau roman, L’Equilibre de Dante, à paraître très bientôt aux éditions Chloé des Lys.
***
Axenne, je me nomme Axenne, pourtant, personne ne m’a plus donné ce nom depuis bien des années.
Pour mon époux, je suis affublée de divers pseudonymes idiots qu’il trouve charmants et qu’il pioche tantôt dans le registre de la pâtisserie, tantôt dans le registre animalier.
Ne vous fourvoyez pourtant point : mon cher mari me surnomme ainsi uniquement à l’abri des oreilles indiscrètes – si ce n’est celles de nos Esdos, êtres insignifiants s’il en est.
Aux prémices de notre mariage, je lui avais pourtant signifié que les mots doux m’irritaient, force est de constater qu’avec le temps, ce cher Khad a su m’amadouer. Après huit ans de mariage, je ne les entends presque plus…
Devant le commun des mortels, Khad se montre moins familier, même si je lis dans son regard l’envie de poursuivre son petit jeu de roucoulades. Parfois sa langue dérape et il est obligé de couvrir son erreur d’un toussotement embarrassé qui est finalement passé aux yeux de nos pairs pour un tic nerveux.
Non, mon très cher Khad m’appelle par mon titre, comme tout Grand d’Empire se doit de le faire en société : Madame le Qaeder de la Nuestra.
Chaque fois que je l’entends sonner, je ne peux m’empêcher de ressentir un léger frisson qui me remonte du bas du dos et me chatouille la racine des cheveux. Cela fait huit ans que je ne m’y habitue pas…
Certains esprits chagrins trouvaient certainement à médire sur le sujet, personnellement, je m’en moque. Une épouse de Grand d’Empire doit se montrer au-dessus des mesquineries de la plèbe, bien que les traits les plus acérés viennent souvent de la noblesse, notre soi-disant amie et alliée.
Il se fait que Madame le Qaeder de Bleys, épouse du conseiller de Lord Andul, notre révéré Gouverneur, se trouve être la pire mégère de notre siècle, persécutant l’une ou l’autre au gré de son envie de nuire.
Pour en avoir discuté avec les autres Dames de la Cour de notre bon Gouverneur, je sais que Madame de Bleys n’est guère appréciée (je pense utiliser ce que mon époux Khad nomme « un euphémisme », mot qu’il tient justement de Monsieur le Qaeder de Bleys, l’ironie est plaisante !), cependant nul n’ose l’attaquer ouvertement. L’on craint son courroux, ai-je compris. Personnellement, je ne crois guère au pouvoir destructeur de la parole. Il y en a un bien plus puissant que je n’ose nommer de peur qu’une personne mal avisée ne tombe sur ce disc, mais je vous prie de croire qu’il est infiniment plus rentable pour qui le maîtrise et je pense qu’en ce domaine, Madame de Bleys et son âge vénérable n’égaleront jamais les plus jeunes dames.
Mais je m’égare.
Mon époux le Qaeder m’a dit que mon esprit tentait de fausser compagnie au reste de mon corps. Il a sans doute raison. Peut-être devrais-je me surveiller avant de livrer, par accident, des informations qui compromettraient ma sécurité.
Quoiqu’il en soit, même mes amies – pardonnez-moi ce qualificatif mais je dois les nommer ainsi, faute de terme plus approprié – ne me nomment par mon prénom, préférant un « Ma Chère » de bon aloi ou un impersonnel et révérencieux « Madame de la Nuestra ». Je ne leur en veux point, ces dames sont pareilles à moi : prisonnières dans le monde des hommes dont elles sont les débitrices.
Je ne me lasserai jamais de le dire : j’ai eu une chance inouïe de rencontrer Khad de la Nuestra. J’ai été bénie par le bon Dieu Aur puisqu’Il m’a permis de rencontrer un être aussi sensible et merveilleux que cet homme-là. Si j’étais tombée sur un barbon comme Igor Arklève, un prétentieux comme Valère Saint-Guibert ou une brute épaisse comme Skor Montován, ma vie n’aurait point été aussi parfaite.
Nous n’avions qu’un seul point de désaccord et celui-ci – je le sentais très fort quand Khad n’arrivait plus à contenir sa peine – lui dévorait les entrailles et gâtait son sommeil.
Dans l’Empire, il est un fait établi que c’est le mérite et non la filiation qui bâtit une carrière dans le domaine militaire. Bien sûr, une charge peut se transmettre de père en fils, cependant, aux yeux de la Loi du Codex, elle n’est jamais systématiquement héréditaire. Ainsi, la noblesse de l’Empire se renouvelle périodiquement, évitant toute consanguinité malsaine et népotisme.
Le Qaeder Khad de la Nuestra est un homme apprécié par ses subalternes, Iarls et Najars. Je ne souhaite pas jouer outre mesure à la belle idiote amoureuse cependant, comme je l’ai signalé plus haut, la personne que j’ai épousée est pétrie des qualités qui font ce que j’appelle les dignitaires haut-de-gamme. Ce sont d’ailleurs ses excellentes références qui l’ont nommé « hôte permanent de la Cour de Lord Andul ». Ce privilège a beaucoup plu à Khad, même s’il l’a décliné. Il a fallu faire montre d’énormément de diplomatie pour ne pas froisser le Gouverneur et j’estime que, dans l’ensemble, Khad a bien manœuvré. Il a réussi à ménager la chèvre et le chou en acceptant une résidence ponctuelle de notre couple à la Cour. Nous y séjournons donc quelques semaines toutes les saisons pour rendre hommage à notre Gouverneur, guère trop pour ne pas laisser l’armée de notre Région uniquement aux mains des Iarls.
Très professionnel, Khad aime avoir un œil sur la Région qu’il protège et c’est tout à son honneur.
Madame de Bleys s’en trouve fort marrie ; la voilà bien en peine de nous chercher querelle !
Je m’égare à nouveau, je suis incorrigible…
Peut-être d’ailleurs est-ce intentionnel car le sujet me touche énormément.
Même s’il n’est guère certain que sa charge échoit à son enfant (et je le soupçonnais même de ne guère le souhaiter), Khad de la Nuestra aurait donné beaucoup et même davantage pour avoir un nourrisson dans les bras. Un reflet de moi et de lui-même, ce qui, pour un homme, est la normalité même.
Pourtant, les Dieux sont témoins que je ne lui en donnerai point.
Au début, je lui ai fait croire que mon ventre était stérile comme les Terres de l’Aquila, je n’ai pourtant pu garder ce mensonge très longtemps.
Son désespoir immense lui fit commettre une folie ; il s’arrangea avec le révérend-docteur Von Derstatd pour me faire examiner à mon insu. Les résultats que Von Derstatd lui transmirent provoquèrent chez mon époux sa première crise de colère – que dis-je ? de rage – à mon endroit. Même s’il ne m’a point touchée, j’ai vu cet homme tant aimant se muer en bête, j’ai vu ses traits se durcir jusqu’à lui former un masque hideux dont la remembrance me fait frissonner aujourd’hui encore. Il m’a fallu déployer des trésors de patience pour le calmer car Khad pensait que mon amour pour lui était perdu. Je l’ai vu rugir et pleurer dans la même minute, et si je lui ai affirmé avoir tiré un trait sur toute cette histoire, en vérité, il n’en est rien.
Longtemps, je craignis de l’avoir perdu bien davantage par affection pour lui que parce que cet amour m’avait été imposé.
Dès lors, à chaque instant qui succéda cette crise, j’eus peur de lui déplaire à nouveau.
Je priai Culpa, ma Déesse, qu’il n’en fut rien, qu’Elle m’accorde la chance de passer au travers des mailles du filet et que je puisse vivre cette existence qui était devenue mienne.
Puis, un jour du mois des Cermales, alors que je choisissais, en compagnie de Madame Montován, une nouvelle étoffe pour les rideaux du petit salon et que je donnais des instructions précises au maître-drapier qui allait se charger de la découpe, je sentis une présence dans mon dos. Croyant qu’il s’agissait de l’un de mes esclaves-domestiques, je ne pris point la peine de me retourner, mais le souffle de l’inconnu dans ma nuque m’informa qu’il n’en était rien. Aucun Esdo ne se serait autorisé de telles privautés !
Avant de pouvoir esquisser le moindre mouvement, on m’avait glissé ces quelques mots dans le creux de l’oreille :
« Les Sept Sœurs se rappellent à toi, Axenne. »
Le corps complètement paralysé, le cœur pris dans un étau, je ne pus que hocher la tête. Mes yeux ne quittaient guère ma compagne, Madame Montován, qui palabrait avec l’artisan, tellement absorbée par sa conversation qu’elle n’avait pas pu voir l’inconnue (sa voix ne me permettait aucun doute à ce sujet) se glisser dans mon ombre.
Il me revint à l’esprit que mes Esdos étaient restés dehors devant la calèche et je les aperçus qui jetaient de temps à autre un regard atone par la vitrine du magasin sans se préoccuper le moins du monde de ce qui s’y passait.
En tant que Dame de Empire, j’avais droit à une minuscule escorte militaire quand je me déplaçais mais je l’avais toujours refusée, arguant le fait que nul ne souhaitait attenter à la vie de la femme d’un Qaeder au demeurant fort apprécié. Je le regrettai ce jour-là… De toute manière, qu’aurais-je pu faire ? L’inconnue ne me menaçait d’aucune sorte. En outre, elle avait délibérément annoncé dès le départ de la part de qui elle venait.
« Les Sept Sœurs se rappellent à toi, Axenne. »
Je me rappelle m’être brièvement arrêtée sur le fait qu’elle m’avait appelée par mon réel prénom, ce qui n’était point fait pour me rassurer car il y avait peu d’inconnues qui me faisaient l’affront de tant de familiarité. Je réussis néanmoins à rassembler mon courage et murmurai du bout des lèvres pour ne point être entendue de ma compagne la question de circonstance :
– De qui s’agit-t-il ?
Les lèvres de mon interlocutrice invisible se rapprochèrent jusqu’à effleurer le lobe de mon oreille. Les deux syllabes si près soufflées me firent me trémousser comme une petite fille.
– Andul.
Ma salive reflua dans ma gorge, je concevais de plus en plus de mal à l’avaler. Après des années de paix, ce que je redoutais me tombait dessus comme un couperet.
L’inconnue me susurra encore quelques phrases glaçantes et traça les grandes lignes de ma mission. Elle me fit comprendre qu’il s’agissait juste de mon activation, qu’« on » me contacterait bientôt pour développer les points obscurs.
Je restai prostrée un certain temps sans éveiller l’attention de Madame Montován et de l’artisan. Quand ils se tournèrent enfin vers moi, la Montován m’adressa ce sourire qu’elle n’arrivait jamais à rendre gai. On aurait dit que cette femme concevait de la pitié dans toute preuve de sympathie, mais quand on connaissait l’épouvantable caractère de son époux, on imaginait fort bien la raison de son attitude.
– Vous êtes bien pâle, ma chère. Souhaitez-vous une collation ?
Et sans attendre ma réponse, elle s’était tournée vers le maître-drapier et lui avait réclamé de quoi me sustenter. Je ne trouvai même pas la force de refuser, trop occupée à observer à l’intérieur de moi-même la lente destruction de ce qui avait été ma vie.

 

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L’Equilibre de Dante – précommandes

Bonjour à toutes et à tous,

Comme je vous l’avais annoncé, L’Equilibre de Dante paraîtra aux éditions Chloé des Lys très très bientôt.
Ce bel ouvrage de 285 pages clôt le cycle de Séliandre démarré en 2010 avec la parution du Triangle sous le sable. Au fil du récit, le lecteur découvrira enfin le contenu de ce trésor exhumé des siècles plus tôt par le Najar Von Espen et qui a provoqué tant de catastrophes au sein de l’Empire.
Si vous souhaitez acquérir l’ouvrage, je vous propose de m’envoyer un mail (gauthier.hiernaux@hotmail.be) ou un message privé via Facebook.
Je collecterai les demandes jusqu’à la mi-juin.
Ah oui! Une information d’importance. A quel prix s’élève ce magnifique objet ? Je vous le propose pour la modique somme de 20€  (frais de port non compris) et uniquement en précommande.

Au plaisir d’avoir de nos nouvelles !
Gauthier

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