Lester, le retour…

C’est vrai, ça fait longtemps que j’ai publié quelque chose sur mon blog.
Je suis en train de travailler sur « Spiritu sancto », mon prochain roman. On y retrouvera Lester Garrisson, l’anti-héros de la Fraternité des Atomes. Voici d’ailleurs un petit extrait.
J’espère qu’il vous plaira.

 

Elle a pris une balle.
Dans la tête.
La dernière phrase de son ancien patron résonne en lui, ad nauseam, comme le refrain d’une chanson à la mode. Il a envie de hurler, de cogner, de hurler, de mordre, de griffer, de s’automutiler. De boire, bien sûr.

Une autre partie de son esprit souhaite appeler Camille Müller (ce qu’il a fait, de nombreuses fois après avoir quitté Tessler, sans parvenir à la joindre) et lui dire combien il est désolé. Il sait qu’il n’est pour rien dans la terrible situation de Marina, cependant, c’est la première émotion qu’il ressent à son égard… Camille a passé tellement de temps à tenter de le tirer hors du trou qu’il se sent profondément redevable. Aurait-il été capable de l’épauler dans la situation inverse ? Franchement, il n’en était pas certain… Sa motivation n’avait pas varié d’un iota, même après avoir descendu une pleine bouteille de vodka. Il se sent juste un peu plus emballé qu’avant…

Il se penche en avant pour choper son vieux portable. Heureusement, le numéro de son ancienne collègue est mémorisé dans sa mémoire de ce brontosaure sinon, il ne parviendrait pas à enfoncer les touches tant il est beurré des deux côtés. Il presse sur le bouton « derniers appels » et l’appareil compose le numéro comme un bon soldat.

Il lui faut un temps infini avant d’arriver à porter le téléphone à son oreille. Quand il y arrive, la voix de la jeune femme égrène le même message entendu à l’infini depuis cet après-midi. Il laisse un énième message, laisse tomber l’engin sur le divan défoncé et ferme les yeux. Le bruit d’un camion-poubelle le réveille. Il est cinq heures du mat’ et sa position n’a pas changé depuis le début de son coma. Ses articulations le font souffrir, mais sa première action est de vérifier ses appels. Il n’en a pas. Il ne désespère pas, Camille doit être au chevet de son amour et ne désire pas être dérangée. Il comprend. Lui non plus ne voulait pas qu’on le joigne quand Naomi et Paige avaient été rayées de la carte du monde. Pourtant, contrairement à lui, Camille n’était pour rien dans le malheur qui l’accable.

Lester tente de se lever. Il a l’impression que le poids des pêchés du monde s’est abattu sur ses épaules pendant qu’il cuvait. Comme un zombie, il se débarrasse de ses vêtements qu’il balance au juger en travers de la pièce, avant de se jeter dans sa douche. L’eau est glaciale et, d’ordinaire, il attend au moins une minute avant d’oser y mettre le premier orteil. Ce matin, il a des choses à faire et besoin de se réveiller. Le jet lui exorbite les yeux, les durcit les tétons, lui rétracte la bite dans son pelvis et le fait claquer des dents. On dirait qu’on vient de lui envoyer la claque divine en travers de la gueule. Il serre les fesses et accueille, bon gré, mal gré, le jet qui n’a plus la puissance d’avant. Il se frictionne, se lave les cheveux et frotte tant ses aisselles qu’on dirait qu’il cherche à l’épiler.

Quand il sort, l’eau est à peine chaude.

Il passe ensuite quelques instants à faire dompter cette barbe de prophète qui le suit depuis la fin de l’affaire de la Fraternité des Atomes. Elle est tellement longue et drue qu’il doit passer par les ciseaux et jouer les paysagistes. Il doit se rendre à l’évidence : il n’est pas doué. Il ressemble à un Picasso. Le Pablo du poil. Il devrait tout raser, mais il ne peut pas s’y résoudre.

Il ne se rappelle plus la dernière fois qu’il était glabre. Si, en fait : pour cette petite conne avec laquelle il a trompé Paige. Sans doute est-ce pour cela qu’il s’est résolu à abandonner la lame… Aujourd’hui, il doit tourner la page. Cesser de s’apitoyer sur son sort pour venir en aide à quelqu’un qui lui est cher. Il va abandonner son boulot de merde de barman – s’il n’a pas été déjà viré – et va se consacrer à Camille et Marina.

Il va trouver qui a fait ça et le lui faire payer cher.        

Le kamizake s’était fait sauter et qu’à moins d’un coup de bol monstrueux, ils en auraient pour des semaines pour l’identifier. Lester ne voit pas trop comment aider les flics dans leur enquête, il n’a pas leurs moyens pour faire du porte-à-porte et encore moins leur logistique. Le sniper qui a profité de l’explosion pour se carapater lui semble une cible plus à sa portée. Après tout, c’est lui qui a logé une balle dans la boîte crânienne de la douce du docteur Müller…

Mais avant de commencer son enquête, il doit prendre son courage et deux mains et rendre visite à ses amies.

Il est six heures maintenant, encore un peu tôt pour débouler dans le quartier des infirmières. Il a le temps pour un café, il en a besoin s’il doit tenir jusqu’à la fin de la matinée sans une goutte de gnôle. Il a beau chercher dans tous les tiroirs de son minuscule logement, il doit se rendre à l’évidence : s’il veut sa caféine, il lui faudra aller la chercher…

Lester Garrisson enfile sans se presser un jeans qui a connu des jours meilleurs, un tee-shirt avec la tête de Kurt Cobain qu’il recouvre d’un gros pull. Sa parka kaki et ses bottillons de cuir achetés en seconde main terminent son habillage. Avant de sortir, il se saisit de son portable, constate qu’il est presque déchargé et s’encombre alors du chargeur.

Dans son quartier, il n’y a pas d’établissement qui serve ce qu’il veut à cette heure matinale. Il doit marcher quelques centaines de mètres pour trouver une bouche de métro où s’étire un Starbucks. Il n’aime pas particulièrement ce type d’endroit, mais aujourd’hui, il se sent capable de faire beaucoup de sacrifices. Il commande à une jeunesse cernée un café long et noir, corsé si possible. Elle le regarde comme s’il avait proféré une énormité et lui désigne un panneau pendu dans son dos où sont énumérés des dizaines de cafés qui font penser à des noms de peinture. Ça promet des goûts des exotiques et des découvertes qu’il n’a pas envie de vivre ni maintenant, ni jamais. Un café regular, c’est possible ou non ? Il en obtient un, un super grand, à un prix qui vaut un verre de single malt et se demande comment il en est arrivé là. Il déteste les trucs bobo-chics et cette aventure lui rappelle Fabrizio « Fabé » Natale, l’Italo-Wallon qui l’avait amené dans un restaurant étoilé en espérant lui en mettre plein les yeux et qui s’était retrouvé face à une assiette inentamée.

La rame de métro est quasi-vide à cette heure. Qui plus est, ce sont les vacances scolaires et il est encore très tôt. Il n’a quasi jamais vécu cela, lui qui est un lève-très-tard, surtout depuis qu’il bosse dans l’Horeca. Il savoure ce moment comme il pourrait le faire pour le passage de la Comète de Haley. Ce sentiment est pourtant de courte durée car, après trois arrêts, il doit quitter le véhicule.

La place Rogier est davantage animée que ce qu’il a vu auparavant. Les automobilistes qui n’ont pas encore été écœurés par les mesures anti-pollution édictées par le gouvernement tentent de se frayer un passage entre les autres voitures, les piétons, les cyclistes et les travaux. Ça klaxonne, ça s’énerve. Lester termine son café au moment où il passe la porte-tambour. Il file directement aux soins intensifs, comptant sur sa bonne étoile pour trouver la chambre des filles. Un cerbère l’interpelle quand il met le pied hors de l’ascenseur. La bonne femme n’est pas commode et Lester ne peut pas lui jouer le même air que la fille de l’accueil la dernière fois. Celle-là n’est pas née de la dernière pluie et elle lui fait comprendre que six heures trente n’est pas une heure pour se présenter aux soins intensifs. Tout en faisant semblant de chercher sa carte dans ses poches, il lui invente qu’il est de la DSU et qu’il est là pour enquêter en toute discrétion sur l’attentat du marché de Noël du vingt et un décembre. Si elle croit un dixième de son bobard, elle ne le montre pas. Ce qu’elle lui montre, par contre, c’est la sortie et d’un doigt tellement ferme qu’elle en ferait trembler le Tout Puissant en personne.

Lester se replie, un peu penaud, avançant qu’il va aller chercher sa carte de flic et en se demandant quand la harpie termine son service. Il réessayera dans quelques heures, le temps de se vider encore un ou deux cafés hors de prix.

Alors que la porte de l’ascenseur s’ouvre, il tombe sur un visage connu. Et pas des moindres. Lou. Putain, LOU ! On se demande qui est le plus surpris, l’ancien membre de l’Immigration Service ou celui qui n’a pas quitté la baraque. Lester sait que Lou Backerland lui en veut un peu de les avoir plantés. Il ignore par quoi son ancien équipier est passé pendant l’affaire de la Fraternité des Atomes. Ce n’est pas sa faute ; le Britannique n’en a jamais parlé à personne. Il en a fait le serment et il l’a tenu. Il nourrit toujours l’espoir d’y être enrôlé. Après tout ce qu’il a sacrifié, il le mérite !

La dernière fois qu’il a vu son ancien équipier, c’était après le massacre de la rue de l’Agneau quand Camille avait été blessée et qu’ils avaient pensé la perdre. Il s’était senti coupable et avait imaginé que le Néerlandais lui en voulait à mort. Tout était parti d’un malentendu. Un malentendu qui avait duré de années…

À présent qu’ils se retrouvent tous les deux face à face, obligés de se parler, ils se sentent un peu stupides. Ils se tombent dans les bras, sous le regard médusé de Miss Ratchett. De toute évidence, elle a déjà croisé Lou et elle sait très bien de quel service il fait partie. L’IS est aussi redoutée que la Gestapo du IIIème Reich. C’est un peu exagéré, mais il est bon d’en profiter quand c’est nécessaire.

 

Extrait de SPIRITU SANCTO

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A Mon’s livre

Voici quelques clichés pris pendant la foire du livre de Mons de ce dernier week-end de novembre.

La foule était au rendez-vous cette année !

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A la Foire du livre de Mons le 27 novembre 2016

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Dimanche 27/11 de 16 h à 18 h
je dédicacerai mes deux ouvrages sortis chez Cactus inébranlable :

MALLAURIG et LA FRATERNITE DES ATOMES.

Venez nombreux!

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Mallaurig & La Fraternité des Atomes : deux livres, deux univers

Il y a un pasteur soupçonné d’avoir assassiné ses proches…

Il y a un dépeceur qui sévit dans des quartiers dont le nom évoque la peur, l’angoisse, la mort qui rôde…

Il y a Mallaurig, une ville coupée en deux. Seul un pont qui menace de s’effondrer permet de passer de l’une à l’autre rive…

Il y a aussi la chaleur qui devient étouffante, accablante, insupportable.

Le cadre est posé, le récit sera oppressant.

Ce livre, c’est un savant dosage entre des faits qui s’inspirent de la réalité et l’univers fantastique dans lequel Gauthier Hiernaux se sent bien !

L’auteur, qui n’en est pas à son coup d’essai, réalise ici un coup de maître.

JP Querton

Mallaurig, Editions Cactus inébranlable, Collection Cactus noir, Renaix, 2012 (ISBN 978-2-930659-03-9 ), 260 pages.
Prix conseillé : 16 €.

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La Fraternité des Atomes

Ma femme et ma fille, c’est moi qui les ai tuées.
Cet aveu, peu d’assassins vous le feront, sauf peut-être la veille de leur propre mot.
Moi, je ne l’ai jamais caché et j’ai fait le vide autour de moi. Il aurait été si simple de laisser les autres s’apitoyer sur mon sort puisque, en réalité, je n’avais appuyé sur aucune détente ou administré aucun poison. Je n’étais même pas présent lorsqu’elles ont fait leur adieu au monde.

C’est en ces termes extrêmement durs que Lester Garrisson, ancien soldat de l’armée britannique et actuellement agent de l’Immigration Service de la puissante Noordelijk Verbond, débute sa confession.   

Le lecteur suivra cet homme blessé à mort dans la lutte contre le quotidien, cet individu qui n’est plus que le reflet de lui-même depuis qu’il a perdu sa famille.

Puis, un soir, ivre-mort, Lester abat un homme d’une balle dans la tête. Cet assassinat, qui n’a rien d’un accident rouvrira les plaies de deux pays qui autrefois n’en formaient qu’un seul.

La Fraternité des Atomes, Cactus inébranlable éditions, 2014

ISBN : 978-2-930659-29-9

Prix : 15€

Vous désirez poser une question à l’auteur : gauthier.hiernaux@hotmail.be 

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Foire du Livre de Charleroi – 1ère édition

ChareloiLa première édition de la Foire du Livre de Charleroi (week-end du 1er mai 2016) s’est déroulée sous les meilleures auspices.

Une foule assez dense, un espace convivial, un bar bien achalandé (hum…), plein de têtes connues derrière le stands…  et des ventes, que demander de plus? J’ai eu la chance de rencontrer quelques personnes qui avaient déjà lu mes ouvrages et qui ont pris le temps d’en discuter avec moi.

Vivement la prochaine édition!

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Foire du livre de Charleroi (30 avril au 1er mai)

ChareloiLe samedi 30 avril de 14 à 16 heures, je signerai mes ouvrages (Mallaurig et la Fraternité des Atomes) tous deux parus chez Cactus inébranlable éditions.

L’événement aura lieu à Charleroi dans le cadre de la Foire du livre 2016.

Venez nombreux!

 

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Les Enfants de Jafez – une note de lecture de C. Pasquet

Tout secret a un prix

Tout secret a un prix

« Quel plaisir de replonger dans l’Empire de la Nouvelle Ere ! Gauthier nous offre un 6e opus, captivant, attachant et mené à grand train. S’il n’est pas indispensable d’avoir lu les 5 premiers romans de la collection pour se laisser emporter par l’intrigue romanesque à souhait, les lecteurs assidus de la série retrouveront avec bonheur l’atmosphère si particulière de cette uchronie, son organisation politique et ses mondes à la fois si proches et à si lointains des nôtres. En plus d’une intrigue virevoltante qui nous fait passer des grands froids aux Terres de Feu, et des chapitres qui sont taillés comme autant de scènes de cinéma en technicolor, nous retrouvons ici aussi des personnages haut en couleur que le lecteur, très rapidement, adore adorer … ou détester. Mention spéciale pour l’ignoble et à la fois tellement humaine Meredice Hernandez ! Un conseil : laissez-vous emporter par cette poursuite impitoyable à la recherche d’un remède à la « Fouilleuse d’entrailles » ! Et découvrez le contenu bien étrange de cette valise qui attire toutes les convoitises ! « 

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