La Fraternité des Atomes – extrait n°1

Il était à peine dix-neuf heures trente et Lester avait perdu connaissance.

Pendant qu’il s’enivrait, les derniers éléments de l’enquête avaient dansé devant ses yeux. Il espérait que l’analyse des données du PC permettrait d’en savoir davantage sur ce qui se préparait aux Jardins d’Agadir. Il savait qu’il avait eu raison de faire disparaître une crapule comme Jarat. La société se porterait bien mieux sans lui. Tout le monde n’était naturellement pas de cet avis, à commencer par les services secrets anglais qui avaient demandé des comptes au gouvernement flamand. Une cellule de crise avait été mise sur pieds et Garrisson avait été prié de se tenir à carreau le temps nécessaire pour boucler l’enquête. La justice devait prouver que la New IRA préparait un attentat sur le sol flamand. Jusqu’à présent, l’équipe informatique de l’IS qui analysait le portable abandonné sur place n’avait obtenu aucun résultat. Jarat avait dû prendre le temps de vider la mémoire de l’ordinateur avant de quitter l’établissement. Cependant, Lester savait que le paranoïaque le plus pragmatique pouvait oublier parfois des informations. Il comptait là-dessus pour faire avancer son enquête.

La sonnerie du réveil vint se mêler à ses rêves. Même défoncé au whiskey, Lester se dit qu’il faisait beaucoup trop noir pour que le réveil sonne déjà.

Plus il émergeait, plus il se rendait compte que le bruit qu’il entendait n’était pas son réveil matin, mais la sonnerie de son portable.

Il ouvrit les yeux et constata qu’il était affalé dans son divan, une bouteille de Red Label à la main. Pas de verre aux alentours.

Il avança lentement la main vers la source du bruit et s’empara de l’appareil. C’était Lou. Il paraissait hystérique.

— Mets ta télé ! brailla le métis qui raccrocha dans la seconde.

La télécommande était à moins de cinquante centimètres de son corps. Il pouvait l’atteindre sans trop d’efforts. Il pressa sur le 1, la NRT, le poste principal de la NV. L’appareil s’alluma sur l’apocalypse.

Sur l’écran du téléviseur, des images le renvoyant à un douloureux passé défilaient. Des corps déchiquetés, éparpillés parmi la tôle pliée et le verre pulvérisé. De la fumée, grise et âcre, de celle qui vous prend à la gorge. Des cris par centaines. De douleur, de surprise, d’horreur, de détresse. Un concentré d’apocalypse comme il avait espéré ne plus en voir.

Ce n’étaient pas des images d’archives.

Il entreprit de monter le son, bouche bée. Chacun des mots lui arrachait une partie du cerveau. L’envoyé spécial semblait bouleversé, il était échevelé et parlait beaucoup trop vite. Même si son néerlandais était extrêmement pauvre, le Britannique ne comprenait que trop bien la situation. Les images parlaient d’elles-mêmes.

— … fait état de quinze morts et quarante blessés, dont une dizaine dans un état jugé grave. Des images éprouvantes comme vous pouvez le constater. On pensait que personne n’arriverait à ces extrémités depuis les émeutes de Hal… il semblerait que cela ne soit pas le cas…

Le présentateur tentait d’intervenir, mais l’autre était fébrile. Il lançait ses phrases comme s’il participait à une italienne au théâtre. On aurait dit qu’il voulait délivrer son message et ficher le camp de là au plus vite. Cela se comprenait ; même un soldat de métier comme Lester Garrisson

avait le coeur qui flanchait devant des scènes pareilles.

— Combien de fois nous sommes-nous dit que cela n’arrivait qu’aux autres ? poursuivait le journaliste dont les larmes coulaient à présent sur des joues que la poussière rendait noires. Je ne comprends pas… je ne comprends pas ce qui a pu se passer dans leur tête…

Le visage du journaliste disparut et il y eut un travelling sur le cataclysme. La scène était tournée d’un hélicoptère et Garrisson put enfin voir l’étendue des dégâts.

De la fumée noire s’élevait de débris métalliques. Dans un premier temps, Lester pensa qu’un avion gigantesque s’était écrasé sur la ville pendant son sommeil. Sans détacher son regard des images, il reprit son téléphone et composa le numéro de Backeland. L’autre décrocha dans la seconde.

— Qu’est-ce que c’est Lou ? Qu’est-ce qu’ils ont foutu ?

— Nom de Dieu, Les’ ! C’est l’Atomium ! Quelqu’un a plastiqué l’Atomium !!!

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