Les vieux amants du Bois de la Cambre

Voici une nouvelle que j’ai écrite il y a trois ans. Elle m’a été inspirée d’une histoire qu’à vécue ma compagne. C’est donc tout naturellement que je la lui dédie.
De bonnes fêtes à toutes et à tous!

Je fais partie de ces gens qui n’aiment pas la routine, quelle qu’elle soit. Il faut toujours que je trouve quelque chose pour rompre la monotonie, même pour une poignée de secondes. Au fil des années, cette habitude est devenue une obsession et je ne pense pas avoir abandonné un jour l’espoir de rendre mon quotidien… et bien… moins quotidien.
D’un jour à l’autre, je change mes horaires et je varie, autant que faire se peut, mon alimentation.
Je ne mets jamais les mêmes vêtements ni les mêmes chaussures, au grand désespoir de mon compagnon qui voit son côté de garde-robe diminuer comme peau de chagrin.
Je suis contente d’être une femme pour avoir la possibilité de changer de coiffure aisément mais je pense que, si j’étais un homme, je pourrais faire de même avec les poils du visage.
J’ai une demi-douzaine d’itinéraires pour me rendre au travail et je tente de me garer à chaque fois à une place différente.
Au début de ma carrière, j’avais un collègue qui réagissait de manière diamétralement opposée et cela avait tendance à me taper sur les nerfs. Il avait acheté une série de costumes noirs et des chemises bleues parfaitement identiques qu’il mettait tous les jours. Il mangeait les mêmes tartines salami-moutarde tous les midis assis à la même place (dos à la fenêtre de la cantine) en compagnie des mêmes personnes.
Pour moi, il s’agissait d’un monomaniaque mais j’imagine que je devais l’intriguer tout autant avec mon absence d’habitudes.
J’intriguais également l’homme qui partageait ma vie depuis une dizaine d’années mais il avait appris à ne plus me poser de questions.
Cependant, ma vie professionnelle était celle d’une employée classique de bureau et, même si je me refusais de lui donner un rythme abrutissant, je me devais de respecter certaines règles.
Je travaillais pour une grande entreprise pharmaceutique où j’officiais en tant que collaboratrice (c’est-à-dire « secrétaire ») pour un quadragénaire que je ne voyais presque jamais. Il était derrière son bureau de huit à neuf et de dix-sept à dix-neuf (heures à laquelle j’étais partie) et j’avais tout intérêt à être présente le matin pour recevoir mes ordres de travail. Le reste du temps, Monsieur était en réunion ou en déplacement, ce qui incluait également ses repas d’affaire et les quelques rendez-vous privés qu’il me demandait de prendre chez le dentiste ou le coiffeur car son temps libre était limité comme s’il lui avait été dispensé par un avaricieux.
Je connaissais bien ce genre d’individus ; ils se taillaient une carrière pendant dix, quinze ans, au mépris de tout, surtout de leur famille (s’ils en avaient une). Quand ils recevaient les papiers du divorce, ils se demandaient encore pourquoi une telle injustice leur tombait dessus, eux qui sacrifiaient leur vie pour améliorer celle de ceux qu’ils voyaient somme toute beaucoup moins que leurs collègues.
J’avais pitié de ces êtres qui bradaient leur sa vie personnelle au profit du profit.
Personnellement, dès que je le pouvais, je rentrais chez moi profiter de mon compagnon et de ma fille de deux ans et demi. Rien n’aurait pu me détourner d’eux et parfois, j’avais la tentation de penser que j’étais la personne la plus riche de ce monde.
Ma vie était ponctuée de petits bonheurs que je tentais moi-même de créer comme un pointilliste consciencieux.
Un matin, alors que je m’étais levée un peu en retard et que j’avais avalé un petit-déjeuner frugal, je fonçais vers l’entreprise avec le sentiment que j’allais finir par enfoncer le plancher de ma petite voiture si je continuais à agir de la sorte.
Ma route, choisie ce matin parmi mon petit panel, étant barrée par des manifestants, je me résolus à changer d’itinéraire.
Je tournai mon volant et empruntai un autre chemin qui allongeait légèrement la distance mais qui possédait l’avantage d’être libre de tout élément perturbateur.
Il me fallut deux ou trois kilomètres pour me rendre compte que mon choix par défaut n’avait pas été le bon et que, en prévision de la manifestation qui m’avait déjà arrêtée tout à l’heure, la police bloquait les artères principales, rabattant le trafic vers des routes secondaires qui ne tarderaient pas à être saturées.
Je n’avais dès lors qu’à suivre le flot de voitures et me laisser porter par elles.
La situation était loin de me déplaire ; je découvrirais, avec un peu de chance, d’autres horizons qui pourraient peut-être me ravir.
Tant pis pour Monsieur Mon Patron. Je lui expliquerais la raison de mon retard et regrettais déjà de devoir rester en soirée pour réussir à concilier nos horaires.
Après une multitude de circonvolutions aberrantes, nous fûmes détournés vers le bois.
Je n’empruntais jamais cette route car elle m’éloignait considérablement de ma destination et je me demandais en poursuivant mon chemin comment je pourrais faire la jonction.
Je n’avais pas cette partie de la ville en tête et regrettais de ne pas m’être laissée tenter par le GPS que mon compagnon, avait proposé de m’offrir pour Noël.
Je profitai d’un arrêt devant un feu rouge pour farfouiller dans mon vide-poche à la recherche d’un plan. Alors que mes doigts allaient à la rencontre de dizaines de trucs inutiles pour l’heure, je me rappelai l’avoir prêté à une nouvelle collègue fraîchement débarquée d’Espagne et totalement paumée dans notre belle capitale.
Un début de panique montait doucement en moi et je fus tentée de me faire porter pâle au bureau. Malheureusement, l’autre homme de mon autre vie comptait sur moi pour gérer sa vie et je ne pouvais ouvertement me dérober au risque de voir sa carrière éclater comme une bulle de savon.
En passant devant cette belle abbaye reconvertie en école supérieure des arts visuels, je me dis que je tenais peut-être ma chance de passer par cette route boisée fort agréable pendant les beaux jours.
On m’en avait parlé mais je ne l’avais jamais empruntée car, pour la rejoindre, je devais traverser la moitié de Bruxelles.
Dans ce cas d’espèce, comme je l’avais déjà traversée, cette option était désormais envisageable.
D’un coup de volant, je m’engageai sur la file de droite et longeai une avenue qui portait le nom d’un Premier ministre britannique puis aboutis à un rond point qui me donnait accès au bois.
L’endroit était fort agréable, même en cette saison, mais je doutais qu’il puisse s’ajouter à mes parcours préférentiels. Alors que je suivais une vieille Volvo un peu poussive, j’eus le temps de repérer quelques trouées qui permettaient aux piétons de rentrer dans le cœur des bois et de s’y perdre. Sans doute viendrais-je me promener ici avec mes deux amours pendant les beaux jours.
Je me rappelai à l’ordre. Ma distraction au coulant m’avait déjà valu un ou deux accrochages (en tort) et quelques frayeurs (à raison) et je constatais que cela ne m’avait pas servi de leçon.
Il n’y avait que lorsque ma fille était assise dans sa chaise bébé à l’arrière que je gardais les yeux braqués sur la route.
Je devais faire comme si mon enfant était mon passager, en n’importe quelle circonstance.
Mais comme je prenais cette décision, j’aboutissais à un gigantesque étang dont la vue m’émerveilla.
En cette saison encore hivernale, l’endroit était naturellement désert de promeneurs mais je me doutais qu’il était littéralement envahi lorsque le soleil pointait le bout de son nez.
Je pouvais m’imaginer les barques voguant paresseusement au fil de l’eau et les enfants descendre les pentes juchés sur leur vélo.
Pour l’heure, dans le minable éclairage dispensé par les réverbères, j’apercevais au loin un couple de personnes âgées venir à ma rencontre sur le trottoir d’en face, lui poussant une chaise roulante dans laquelle elle était dignement assise.
J’eus le temps de les voir s’arrêter sur le chemin et je les dépassai comme le vieillard contournait la chaise et tendait les bras.
Je pilai de justesse, manquant de peu le pare-choc du conducteur qui me précédait. Echaudée, je levai le pied et m’enjoignis de me focaliser sur la route, ce que je réussis à faire jusqu’aux feux de signalisations qui délimitaient la sortie du domaine.
La bonne humeur commença à me gagner quand je compris que je ne m’étais pas fourvoyée lorsque je vis les panneaux qui annonçaient l’autoroute. Je traversais une large étendue forestière où il n’était pas question de dépasser les cinquante à l’heure et je me demandais où ce chemin allait me faire déboucher.
J’eus la surprise d’aboutir sur le périphérique que, nous, les Belges, appelons « Ring » en constatant que, somme toute, je n’avais que vingt minutes de retard sur l’horaire.
Ma journée commençait plutôt bien.
Je m’en étais mise plein les yeux.
***
Quatre semaines plus tard, certains événements indépendants de ma volonté m’obligèrent à emprunter par le même chemin.
Après quelques secondes passées à maugréer, je me dis que, toute compte fait, cette rupture dans l’inhabituel de mes habitudes n’était pas pour me déplaire et, comme nous étions aux portes du printemps et que les jours étaient plus longs, le paysage serait différent et bien plus agréable que la fois précédente.
Je suivis la route, entièrement focalisée sur le moment où le lac m’apparaîtrait au détour d’un virage. J’en étais toute excité, je devais bien l’avouer.
Au moment où l’étendue calme s’imposa à moi, mes yeux se braquèrent sur un détail qui m’amusa.
Les deux vieillards se tenaient au même endroit que la dernière fois et le vieux avait passé ses mains sous les bras de sa femme et l’aidait à s’extirper de la chaise roulante.
J’avais l’impression d’avoir mis un film sur pause un mois auparavant et de le reprendre où je l’avais abandonné. Cette constatation me fit sourire et, tout en essayant de garder un œil sur la route, je vis, sur l’autre trottoir, le vieux monsieur soulever doucement sa chétive vieillarde.
Je les dépassai lorsqu’elle allait mettre un pied parterre sous le regard encourageant de son époux.
Je songeai à ma propre moitié. Mon compagnon ferait-il la même chose pour moi ? Ma bonne humeur venait du fait que je n’avais aucun doute sur la réponse.
Je plaignis Monsieur Costume-cravate-toujours-occupé que je côtoyais de huit à neuf et me demandai si sa femme aurait la chance d’attendre qu’il se réveille.
Au plus profond de mon âme, j’espérais que non. Personne ne devrait être obligé de vivre avec un fantôme et de se taper la vaisselle par-dessus le marché.
J’étais passée de la joie à la colère sans beaucoup de transition, ce qui m’effraya un peu car je n’étais pas coutumière des sautes d’humeur.
Je longeai une longue avenue nommée Drève de Lorraine en ruminant de sombres pensées et en me demandant si mon orientation professionnelle était bien celle que j’avais choisie.
Vu le milieu de requins dans lequel j’évoluais, j’en concevais certains doutes.
Lorsque je rejoignis le Ring, je repensais au couple. Cette réminiscence me rendit le sourire.
***
Je dois bien l’avouer : je forçai un peu les événements pour satisfaire ma curiosité.
Le manège de ces deux vieilles personnes m’avait intriguée et je me posais de nombreuses questions sur leurs motivations.
Je m’imaginais sans peine ce que l’homme aidait son épouse à marcher mais je ne m’expliquais pas la raison qui les poussait à venir le long de la route qui entourait le lac, surtout à une heure aussi matinale.
J’avais déterminé a posteriori l’heure à laquelle j’étais passée les deux dernières fois et j’avais calculé pour aboutir au lac à ce moment-là.
En me levant ce matin, je m’étais demandé si j’allais les retrouver et cette idée ne m’avait pas quittée alors que je roulais dans cette direction.
Inconsciemment, j’avais ralenti en arrivant en rue de coude, lorsque l’Avenue de Diane devenait l’Avenue du Panorama.
Mon cœur s’était emballé comme si je m’apprêtais à revoir le visage d’une amie que j’avais perdue de vue depuis des années.
Le virage me parut plus long qu’à l’ordinaire mais, lorsque je débouchai sur le lac, je souris.
Ils étaient là.
Ses mains tenaient fermement les bras de celle qu’il aimait. Ils paraissaient figés dans cette position et, si je n’avais pas vus précédemment ce vieux monsieur guider la chaise sur le trottoir, j’aurais pu croire à une statue de cire abandonnée là pour rappeler au monde l’importance de l’amour.
Je les dépassai avec les larmes aux yeux
***
Je n’avais jamais vu leur visage.
Sur cette route où les gens fonçaient comme si leur vie en dépendait, je n’arrivais jamais à ralentir assez pour capter leurs traits. Tout ce que je savais d’eux à ce sujet tenait en trois mots : ils étaient âgés.
Je me mis à faire des estimations dans le lit que je partageais avec mon homme, lequel m’observait du coin de l’œil en se demandant certainement quelle lubie me passait encore par la tête. Je ne lui avais jamais parlé de ce couple étrange que je croisais à chaque fois dans ce virage et qui, pour une raison inconnue, m’obsédait de plus en plus.
J’en étais arrivée à faire exprès ce détour pour les surprendre mais chaque fois que j’arrivais à leur hauteur, ils étaient dans la même position presque figée comme s’ils répétaient une scène jusqu’à la maîtriser parfaitement.
Je m’imaginais sans peine ce vieux monsieur aidant sa femme à faire quelques pas en sa compagnie mais pourquoi n’avaient-ils pas opté pour un endroit plus discret et surtout tellement incongru.
S’il avait poussé la chaise de l’autre côté de la route et qu’il avait suivi le chemin qui descendait en pente douce jusqu’au lac, il aurait pu trouver un endroit plus confortable pour aider la vieille femme à faire ses exercices.
L’endroit qu’ils avaient choisi était selon moi absolument incongru.
Alors que je me lavais les dents, je me résolus à partir beaucoup plus tôt qu’à l’accoutumée, trouver à me garer dans une rue adjacente (j’en avais repéré une toute proche) et observer le manège de mes vieux amants du Bois de la Cambre.
Mon bon sens tenta de m’en dissuader et, comme il peinait à trouver des arguments convainquant, mon esprit civique tenta de prendre le relais.
J’allais jouer les voyeuses pour satisfaire une curiosité malsaine.
En effet, quelle lubie me poussait à comprendre ce que ces deux personnes faisaient chaque matin, à la même heure, sur le trottoir situé dans la jonction de ces deux avenues ? Ma vie serait-elle changée si j’en savais plus ? Evidemment que non. C’était une pulsion, identique à celles qui vous poussent à faire une très longue file pour un article très cher (et donc très performant) qui n’améliorera en rien votre existence.
Sans doute demain me demanderais-je avec perplexité comment j’en étais arrivée là mais, pour l’heure, il fallait que le comprenne.
Je me pressai un peu d’habiller ma fille et la remis entre les mains de son père qui avait pris l’habitude de la conduire à l’école puis fonçai dans la cage d’escaliers.
Nous étions à la mi-juillet et beaucoup d’usagers de la route étaient en train de bronzer sur une plage à des milliers de kilomètres de Bruxelles.
Les routes étaient dégagées et la traversée de la ville était désormais une plaisante ballade.
Pourtant, je fonçais comme une malade, pied au plancher, avec la ferme intention de passer le mur du son. Si je voulais avoir la chance de surprendre le ballet des vieux, je devais arriver avant eux.
Je ralliai l’entrée du Bois de la Cambre en moins de vingt minutes, un record tout à fait personnel mais, au lieu de prendre Lloyd Georges comme j’avais l’habitude de le faire, je continuai tout droit et fit pivoter ma petite voiture sur l’Avenue Victoria.
J’avais repéré hier soir le plan de la ville sur Internet et avais trouvé le moyen de couper par ici afin d’éviter l’Avenue de Diane où il était impossible de rouler à moins de cinquante à l’heure et certainement pas de s’y arrêter.
Je me garai dès que je pus trouver une place et parcourus le reste de la distance en courant à moitié.
J’avais revêtu un pantalon de toile ce matin et ma course s’en trouvait facilitée. Pour un peu, on aurait pu dire que j’avais tout prévu.
J’aboutis dans l’Avenue de Diane, un peu décoiffée, un peu essoufflée mais totalement rassurée quant au timing. Ils n’étaient pas encore là.
Je pris appuis sur une barrière un peu rouillée (mon pantalon couleur rouille ne craignait donc rien) et tentai de reprendre mes esprits (pas trop tout de même sinon je serais partie en courant).
Un mouvement de l’autre côté de la rue attira mon regard.
D’un chemin perdu arrivait le couple.
Je les observai émerger lentement de la pénombre dispensée par les arbres.
Ils avançaient majestueusement, dans le plus profond silence, comme les membres d’une procession.
Ils étaient trop loin pour que je voie distinctement leurs traits mais je l’imaginais autrefois bel homme.
Il était habillé avec élégance et il me rappela les photos que j’avais vues d’Albert Cossery.
Quant à la vieille, Elle arborait une crinière encore fournie, mais moins blanche que celle de son mari et tenait ses mains croisées sur son ventre creusé.
Autant son mari était d’une élégance surannée, autant ses vêtements étaient décontractés. Elle portait un pantalon et une veste de jogging que j’aurais davantage vus sur une plus jeune personne mais je me dis que ce type d’habits était sans doute beaucoup plus simple à enfiler pour une personne invalide. Aux pieds, on lui avait enfilé des baskets de couleur rouge vif qui tranchaient avec le blanc immaculé de son training.
Lorsqu’ils furent sur le trottoir, je les vis mieux.
L’homme devait être son aîné. De loin d’ailleurs. A vue de nez, je lui donnai quatre-vingts ans alors que sa femme devait avoir une bonne décennie de moins.
Ils bifurquèrent lentement vers la droite et longèrent la route comme à chaque fois.
Les automobilistes étaient plus rares que pendant les autres mois et je pus, sans aucun problème, traverser la route et les suivre à quelques pas de distance. Je ne voulais pas donner l’impression de les épier même si c’était exactement mon but.
Je ralentis considérablement le pas pour ne pas les dépasser au mauvais moment. Je fis même mine de relacer mes chaussures alors que je portais bottillons.
Ainsi accroupie, je vis le monsieur élégant arrêter la chaise puis la contourner avec des gestes mesurés.
Lorsqu’il fit de l’autre côté, il croisa mon regard. Je me dérobai, consciente d’avoir subitement rougi. Quand je trouvai le courage de relever les yeux, il avait placé ses mains sous les bras de sa femme.
Je me relevai rapidement et allai à leur rencontre.
Alors que je les dépassais, je l’entendis l’encourager. Manifestement, leur ballet durait depuis de nombreuses années mais le vieillard lui parlait d’un tel ton qu’on aurait pu croire qu’ils venaient de se rencontrer.
En m’éloignant, je saisis quelques paroles emportées par le vent.
– Ce n’est pas grave, ma chérie. Nous réessayerons demain.
J’aurais voulu me retourner et les serrer très fort dans mes bras mais je savais que j’en serais incapable.
Je n’avais pas pu le faire avec mes parents quand j’avais appris que la maladie les emportait tour à tour, comment aurais-je pu avoir ce contact privilégié avec de parfaits étrangers, quand bien même m’avaient-ils émue aux larmes ?
Je pris le premier embranchement et m’enfonçai dans les bois. Je voulais que la pénombre me recouvre.

Woluwé St Lambert le 15/01/2010

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2 commentaires pour Les vieux amants du Bois de la Cambre

  1. Edmée dit :

    C’est trop trop beau! Merci!

  2. Très belle histoire.

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