Be the right man in the right place… (part 2)

Pour les distraits, lire la première partie avant…
Bonne lecture!

Cette station était l’aire de stationnement la plus importante des USA.
Il ne m’en fallait pas davantage.
Ici, le corps de mon passager se fondrait dans le décor.
Je n’avais qu’à choisir l’endroit où le déposer.
Les prostituées quadrillaient le terrain comme des militaires en manoeuvres et les camionneurs qui ne cherchaient pas à baiser ou à se procurer un peu d’héro étaient certainement des candidats à la baston ou au suicide.
Je n’aurais pas voulu de cette vie, pas pour tout l’or du monde.
J’aimais prendre la route mais j’aimais encore davantage coucher dans mon propre lit toutes les nuits.
Seul mais soit.

J’avais pour ami un mec de la route surnommé ‘Panzer’ en raison de sa conduite assez peu altruitse. Il y a deux ans, il avait forcé un embouteillage en percutant tout ce qui se trouvait sur son chemin. La police de la route, les State Troopers, l’avait arrêté avec beaucoup de mal et je ne pouvais lui donner tort : je l’avais vu dans Cops.
On lui avait filé une belle amende pour son acte d’incivisme, mais aussi et surtout parce qu’il trimballait un Magnum et un fusil à pompe dans sa cabine.

C’est au cours d’une soirée un peu ennuyeuse (nous étions supposés retrouver un troisième larron qui n’était jamais arrivé) que ‘Panzer’ m’avait confié son secret.

Avec un fusil à pompe au numéro de série limé (pas celui que les State Troopers avaient trouvé sous le siège conducteur mais un précédent), il avait descendu un mec qu’il avait surpris en train de lui tirer des échantillons de sa cargaison. Il avait planqué le corps dans son bahut et l’avait largué sur l’immense parking.    

Les flics n’avaient, jusqu’à présent, pas encore remonté sa piste, non que le meurtre fût parfait, mais le cadavre avait été si longtemps bien caché que son identification avait posé un réel problème pour les autorités. De guerre lasse, ils avaient  fini par attribuer ce meurtre à un serial killer qu’ils peinaient à serrer.

Je savais à peu près où situait le coin mais, sans ‘Panzer’, j’étais paumé dans cet endroit.

Je l’appelai donc.

Il décrocha au bout de la quatrième sonnerie.

Son timbre était celui de l’homme occupé. Je le dérangeais mais, dans ma situation actuelle, je m’en foutais comme de la première guerre mondiale.

En deux mots, je lui dressai les grandes lignes de la situation. Il resta muet comme une carpe jusqu’à la fin.

Lorsque je lui demandai ce qu’il pensait de la situation, il me dit quelque chose qui me laissa comme deux ronds de flanc :

–                    Préviens les fics, mec, fais pas l’con.

Je sourcillai. ‘Panzer’ ne m’avait pas habitué à tant de civisme. Je me permis une interrogation :

–                    Hein ?

Il y eut un silence gêné à l’autre bout de la ligne comme si mon compagnon cherchait une explication (ce qu’il faisait) :

–                    Ecoute, c’est pas si simple, mec. C’est un truc vachement pas facile, pis ‘faut vivre avec.

–                    Je ne comprends pas…

Il eut un soupir à fendre les pierres.

–                    Appelle les flics, mec. Appelle les flics.

–                    Mais… le coin dont tu m’as parlé… ?

Autre soupir. Plus long encore.
Une stridulation entrecoupée ; je compris qu’il avait raccroché.
Je rangeai mon propre téléphone en comprenant que ‘Panzer’ était peut-être un dur mais qu’il n’était finalement qu’un homme.

***

Au moment où je m’arrêtai pour décharger mon fardeau, mon téléphone sonna.

–                    C’est ‘Panzer’, mec.

–                    Ouais ? Je suis un peu au milieu d’un truc, là…

–                    Je vais aller vite.

J’attendis une poignée de secondes avant de demander si mon interlocuteur était toujours là. Il eut un gémissement agacé.

–                    Ouais, ouais, ouais.

–                    Kess’ tu veux ?

–                    T’avertir mec !    

–                    M’avertir de quoi ?

–                    Y’a des State Troopers qui approchent.

Je lâchai le volant et la main libre retomba sur ma cuisse. Je m’éclaircis la gorge et réussis à articuler :

–                    C’est un peu normal, non ?

Soudain et étrangement, je compris que non.

–                    Ils viennent pourquoi ? demandais-je d’une voix où s’étranglait émotion, angoisse et impatience.

–                    Va savoir, répondit mon compagnon qui coupa la communication la seconde d’après.

Dans la solitude de mon taxi, je pris une décision.
Tant que j’avais mon portable en main, sans doute valait-il mieux l’utiliser pour court-circuiter ce qui venait dans ma direction. Je fis le numéro des flics mais, au moment où j’atteignais la centrale, je sus qu’il était trop tard.  
Je sortis lentement du taxi et, comme les gyrophares s’approchaient, je commençai à faire l’inventaire de ma vie.

Ixelles, le 04 octobre 2010

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Un commentaire pour Be the right man in the right place… (part 2)

  1. Philippe D dit :

    Bravo pour ce texte très bien écrit qui figurera peut-être dans un recueil. Qui sait?
    Bonne journée.

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