Un extrait de « Tribu silencieuse »

Moi qui n’avais connu mon géniteur que grave et réservé, découvris tout au long des dix dernières pages de cet album de famille un autre être aux antipodes de Rafael Goncalves.

Je me surpris à soupirer quand je le vis entourer ma mère souriante

( ?!?!)

devant une belle fontaine. La légende indiquait qu’il s’agissait d’un cloître à Monreale, dans la région de Palerme. Je savais qu’ils y étaient partis en guise de voyage de noces, j’en avais assez entendu parler tout au long de mon existence, comme si ce souvenir avait été le seul qui rattachait mes deux parents, comme si le reste n’avait jamais eu aucune importance, comme si leur histoire se résumait à ce moment unique.

Etrangement, maman ne m’avait jamais montré la moindre photographie de ce tour de Sicile.

Des flancs de l’Etna parcourus de genêts aux mosaïques de la remarquable villa romaine du Casale, des bains de boue aux effluves sulfurés de l’île de Vulcano, aux effrayantes catacombes de la capitale sicilienne, je connaissais leur périple comme si j’y avais pris une part active.

Mais de preuve, aucune.

C’était ici, dans un endroit où ils n’avaient absolument rien à faire, que je retrouvais leurs souvenirs. Cette situation avait quelque chose d’obscène et je refermai sèchement l’album.

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