Projet ‘Domme’

Voici un article paru le 17 octobre sur le blog PASSION CREATRICE de Christine Brunet.
 

Gauthier Hiernaux

Christine Brunet :

 Je n’ai jamais été une vraie fan de bande dessinée, peut-être parce que mes parents pensaient que ce n’était pas de la « vraie » littérature.
Pourtant, c’est un genre qui m’a toujours fasciné. Je pense avoir lu, comme tout le monde, ou à peu près, Astérix, Luky Luke ou Tintin… J’ai dû feuilleter XIII, Corto Maltese ou Perry Rhodan… Des approches différentes, des dessins différents…  
Et je me suis toujours demandé ce qui fait qu’on traite une histoire sous forme de BD plutôt que de roman (à noter que j’ai dévoré les Perry Rhodan parus sous forme de livres conventionnels).
Alors, lorsque Gauthier Hiernaux a évoqué ce projet de bande dessiné antérieur à ses romans, Le Rêve de Maximilien, Le Livre de Saon, et Le triangle sous le sable, j’ai sauté sur l’occasion pour en savoir plus et comprendre. 

Alors, dis moi… Pourquoi avoir commencé le projet dans le genre BD ?

A vrai dire, « Grandeur et Décadence de l’Empire de la Nouvelle Ere » dont le 3e tome vient de sortir chez ‘Chloé des Lys’, était, au départ, un roman que j’avais commencé à écrire sur des feuilles lignées de type A4 avec mon beau stylo et que je n’ai jamais achevé.
Le projet, intitulé ‘Les Terres de Domme’ était certes ambitieux mais la raison de mon abandon n’est pas le manque de courage ou d’inspiration, que du contraire !
J’ai rencontré en 96 un certain Jose Martinez qui avait bossé sur quelques planches de ZOO de Frank Pé. Il m’a demandé pourquoi je n’avais pas choisi d’en faire un roman graphique. L’idée m’a emballé car je suis un grand fan de bandes dessinées et Jose a réalisé deux ou trois croquis de personnages que je dois encore avoir dans mon fouillis à la maison.
Pendant quelques années, j’ai cherché un dessinateur avec qui je pourrais concrétiser mon idée et j’ai eu l’énorme chance de rencontrer, par hasard dans une librairie de Mons, le très grand Pierre Dubois, un artiste pluridisciplinaire d’une extrême gentillesse qui avait décidé de ne plus faire de BD.
Pierre Dubois m’a recontacté plusieurs jours plus tard pour me donner une liste de dessinateurs avec lesquels il avait Olivier et moi sommes rencontrés à Tournai et avons décidé de travailler ensemble.
La collaboration a duré une bonne année. Notre projet a été présenté à Thierry Joor, le directeur littéraire de la maison d’éditions française Delcourt mais, malheureusement, nous n’avons pas été retenus… sur le fil semble-t-il.
Olivier a persévéré dans la BD. Il a publié quelques bons albums chez l’éditeur Glénat avec d’autres scénaristes (Intox, l’Ultime Chimère). Je vous invite d’ailleurs à les découvrir sans plus attendre.

O. Mangin (2000)

prévu de travailler dont un certain Olivier Mangin.

Pourquoi avoir choisi cette maison d’édition plutôt qu’une autre?

Parce que j’adore ce qu’ils publient. L’Esprit de Warren, De Cape et de Crocs, Bone, Sillage, Donjon, La Nef des Fous, Nuit Noire, Horologium, Le Fond du Monde, Garulfo, Les Légendes des Contrées oubliées… autant de noms qui font, pour moi, partie de la grande histoire de la bande dessinée.
Ma passion pour la BD fait que mes romans sont très dynamiques et très visuels.    

Est-ce que ‘Les Terres de Domme’ sont la même histoire que l’un des trois livres que tu as publiés?

Non. Les ‘Terres de Domme’ ont été réécrites pour former deux livres : L’homme sans chiourme et le Dieu unique. Ils se situent en 8e et 9e position dans l’ordre de parution. J’ai envoyé le tome 4 à Chloé des Lys. Il vous faudra donc de la patience. 

Qu’apporte en plus ce genre par rapport aux autres moyens d’expression ?

Un support plus visuel que le roman bien entendu. Mais tout comme le cinéma, la BD rabote la part d’imagination des lecteurs. C’est la vision des auteurs qui est imposée, contrairement à la littérature.

Personnellement, je me suis bien amusé à créer des personnages et laisser Olivier en donner sa propre interprétation qui, le plus souvent, collait avec ce que je m’étais imaginé. Je dois dire que les représentations que je recevais régulièrement par fax me procuraient un plaisir comparable à celui d’un auteur qui reçoit le produit fini entre ses mains.  
De temps en temps, notamment pour le personnage de Bertrand La Môle, nous discutions pour le rendre plus jeune, plus vieux, plus gros ou plus grand.
   

Comment crée-t-on une BD, d’abord ? Il y a un illustrateur… Comment appréhende-ton un travail à deux ?

La difficulté est identique à tout travail que l’on pratique en duo. Il faut qu’une alchimie s’opère.
J’ai travaillé avec de nombreux dessinateurs avant et après ‘Les Terres de Domme’ mais le problème a toujours été finalement le même : la perte de motivation chez l’autre. Une BD, c’est extrêmement difficile à mener car c’est énormément de boulot pour risquer, au final, un refus cinglant.

Pour ce projet, nous avons bossé un an avant de présenter les dix premières planches et les recherches de personnages à Delcourt. La déception a été immense car nous y avions vraiment cru.

Mais concrètement, comment ça se passe ?
Le scénariste envoie un synopsis au dessinateur dans lequel il décrit l’action, case par case. C’est assez rébarbatif à lire mais ça a le mérite d’être très précis. Le synopsis n’est pas quelque chose de figé, il peut évoluer si on se rend compte que ça ne fonctionne pas. 
Voici un exemple :    première version…  puis version finale…

Mais avant le synopsis, il faut déterminer le physique des personnages, leurs traits principaux de caractère,… et dans les ‘Terres de Domme’, il y en avait une myriade !

Difficulté de vendre le projet… pourquoi?

La concurrence est rude, comme partout.
A l’inverse d’un roman, le lecteur juge d’abord le produit en l’ouvrant. Je pense que c’est d’abord le dessin qui l’attire. Il peut décider de l’acheter ou de le remettre en rayon. L’élimination est donc plus rapide que pour des romans où on ne peut se rendre compte de la « qualité » de l’ouvrage qu’à un certain moment.

Des dessins toujours en noir et blanc? Pourquoi?

La couleur est un processus complexe, très long et qui nécessite des compétences que ni Olivier ni moi ne possédions. D’ailleurs, souvent, les maisons d’éditions travaillent avec des coloristes attitrés (Isabelle Rabarot, Color Twins, Brigitte Findakly, etc.).


Pour un roman, comme pour une BD, même si le second support est forcément plus visuel de par son format, ce qui détermine le choix du lecteur, c’est en tout premier lieu la couverture… Est-ce que tu l’as encore?

Malheureusement, elle n’a jamais été réalisée. Comme dans un roman, ce n’est pas ce qu’on présente en premier, même si c’est elle qui attire en premier lieu le public…
Par contre, j’ai déjà la couverture pour mon prochain bouquin intitulé, ‘La Novolitza’. 

Retenterais-tu l’expérience ?

Avec Olivier Mangin, tout de suite ! 
Mais il est si difficile de trouver quelqu’un avec qui l’alchimie peut fonctionner… 
J’ai une vingtaine de synopsis sous le coude ! 

Après cet interview, je reviens sur mon introduction avec un sourire: la BD ne serait pas un genre littéraire à part entière ???
Allons donc ! Gauthier, qu’est-ce que tu en penses ?
Pour moi, le mot « littérature » s’étend à toutes les productions écrites, à toutes les œuvres narratives, et pas uniquement au roman.
Il ne faut pas oublier qu’en aval du dessin, il y a tout un travail de préparation invisible pour le lecteur. La bande dessinée est un art (le 9e si mes souvenirs sont bons) qui combine les techniques graphiques à celles de la mise en scène et du dialogue.
C’est une discipline pluridisciplinaire, similaire au théâtre qui allie déplacement du corps, dialogues, art pictural (avec la création des décors). Le théâtre étant considéré comme une forme de littérature, je pense que la bande dessinée l’est tout autant ?
D’ailleurs, depuis quelques années, ne parle-t-on pas de « romans graphiques » ? 
  Je lui laisse le mot de la fin ? …

Non, finalement, encore quelques mots, simplement pour prendre le contre-pied de tous ceux qui pensent le contraire : il n’y a pas d’art noble et d’art « bas de gamme ». Il y a l’art tout court et la passion qu’il fait naître en nous…

 

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