Note du 29 septembre

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Lorsque je me promène et que je n’ai pas de quoi écrire sous la main, les idées fusent… 

Vers 2005, j’habitais près de Watermael-Boisfort, une très jolie commune de Bruxelles.
A environ deux kilomètres de chez moi, je suis tombé sur cette demeure qui m’a servi de modèle pour la domus du maître-peintre dont Isadora K. tombera amoureuse dans mon prochain roman intitulé La Novolitza.
Voici, en primeur, un extrait de l’ouvrage envoyé au mois d’avril chez mon éditeur, Chloé des Lys

« Le bruit de ses pas résonnait dans la ville au même rythme que les battements de son cœur.

Elle redoutait cette journée depuis bien longtemps mais se faisait un point d’honneur de ne rien laisser paraître au pachyderme qui la suivait pesamment.

C’est pourquoi, avant de se prendre le chemin du Castel, elle avait décidé d’emprunter celui des écoliers. La jeune femme avait contraint son chaperon à un détour par les luxueux quartiers résidentiels du haut de la cité.

En cette première semaine des Mellianes – la plus belle saison de l’année selon elle – Isadora profitait de la fête de la Lune rousse dédiée à la Déesse Mella pour se balader dans les rues presque désertes. Le ciel était d’un bleu éclatant et le soleil, pour une fois cette saison, ne jouait pas sa vierge effarouchée. Le curieux duo venait d’emprunter une allée boisée que surplombaient de magnifiques demeures. La dernière, légèrement en retrait par rapport aux autres, était surmontée d’une gigantesque serre dont chaque carreau réfléchissait les rayons de l’astre. Elle ne manquait jamais de détailler les sculptures qui l’entouraient quand ses promenades la conduisaient à proximité.

–                    On f’rait p’têt mieux d’y aller, M’zelle Isadora.

La voix rauque du gros Balazs ne parvint pas à troubler le charme de cet instant. Isadora tentait d’ignorer ses interventions depuis leur départ mais elle concevait de plus en plus de mal à semer la réalité. Elle avait retardé au maximum l’instant fatidique mais bientôt, elle ne pourrait plus reculer.

Elle chassa ses sombres pensées et se focalisa sur le dessiné des cheminées. Celles-ci semblaient avoir été recouvertes de fines lignes de couleurs et partaient vers les cieux avec une grâce infinie. Tout en se demandant qui pouvait habiter cette demeure, Isadora se rapprocha d’un portail accablé sous la masse luxuriante de ronces et de fougères que l’Esdo de maison avait omis de couper depuis ce qui semblait être des décennies. Le jardin, ce qu’elle pouvait en voir en fait, était envahi d’herbes hautes, pourtant, la propriété n’était guère abandonnée. Elle repéra un mince filet de fumée s’échappant paresseusement d’une des cheminées et il lui sembla apercevoir une silhouette dans la serre.

Sur une étiquette lavée par les pluies, on lisait le nom suivant :

 A. PIERR

MAITRE-SCULPTEUR DE L’EMPIRE.

 Isadora n’avait jamais entendu parler d’un quelconque Pierr mais elle ne fréquentait guère les salons et les clients du Soleil de Minuit ne se rendaient pas chez Rudi K pour converser. Madame Lucques, sa préceptrice, prétendait que les mâles se confiaient généralement sur l’oreiller mais, en deux ans d’apprentissage, Isadora n’avait pas eu l’ombre d’un aveu digne de ce nom. (Peut-être que si en fait, mais elle avait pris l’habitude de ne pas écouter ceux qui venaient déverser leur foutre sur ses fesses ou son visage). A présent qu’elle s’apprêtait à donner son corps  pour de l’argent (« louer » serait un terme plus exact néanmoins), elle se demandait quel serait le sujet abordé par ce premier client.

–                    On f’rait p’têt mieux d’y aller, M’zelle Isadora.

La voix plaintive du gros Balazs résonna désagréablement à ses oreilles. Elle lâcha un long soupir comme ses épaules s’affaissaient.

–                    Accorde-moi encore quelques instants, s’il te plaît, fit-elle en mettant dans sa demande toute la chaleur dont elle était capable.

On lui avait dit qu’elle avait une jolie voix. Madame Lucques était certaine que d’aucuns la demanderaient expressément, au mieux pour qu’elle leur glisse quelques mots salaces de son timbre rauque pendant qu’elle donnait du poignet.

Grande, blonde, les yeux verts, Isadora n’avait pas la silhouette recherchée par les amateurs de chair en cette fin de 1er siècle de la Nouvelle Ere. La mode était aux rousses diaphanes qui avaient succédé aux petites au cheveu sombre et au teint bistre. Des filles comme Ania surnommée « Le Tison », pur produit des Terres de Feu ou Eliette « aux longs doigts » étaient davantage prisées dans ce milieu car leur poitrine aurait pu arrêter le galop de plus d’un valeureux cheval de combat. Isadora prétendait posséder les seins d’une honnête fille ; ni trop gros, ni trop menus. Elle ne voulait pas finir comme Babi, une ancienne collègue qui avait valsé par-dessus le parapet d’un pont, emportée par sa légendaire fierté mammaire. Isadora était dotée d’autres atouts, notamment celui d’être la fille du patron.

Pourtant, ce vieux salopard de Rudi K. l’envoyait chez le Qaeder Ivarcelli, le plus haut personnage militaire de la Région de Lütsza. Les filles n’aimaient pas trop le Qaeder – même Eliette qui ne crachait jamais dans la soupe – mais aucune d’entre elles n’avait réussi à mettre le doigt sur le problème. Igor Ivarcelli était un Grand d’Empire qui, à quarante ans, n’avait pas encore trouvé une matrone avec qui partager sa vie. On le disait intime avec la famille de l’Imperator car il avait ses entrées au Saint-Siège mais nul ne savait avec exactitude ce qu’il y trafiquait. Les rumeurs couraient bon train mais il y avait certainement une grosse part de jalousie dans ces médisances. Il participait activement à la reconstruction de l’Empire ; on lui devait notamment le temple de Lyncee (une construction magnifique qui trônait sur la Place de la Victoire de Varaždin). Si elle avait eu davantage de culture, Isadora aurait su que les plans du bâtiment religieux avaient été dressés par Alan Pierr, le propriétaire de la villa qui l’avait tant séduite. »

Publicités
Cet article a été publié dans Pictures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Note du 29 septembre

  1. Coucou!
    J’ai envoyé LA NOVOLITZA a CDL en avril. J’attends donc la réponse du Comité de lecture pour la fin de l’année.
    Je croise les doigts 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s