Rencontre littéraire à Bellefontaine 30.05.2009

Le 30 mai dernier, Gauthier Hiernaux était l’invité d’honneur de Jacques Lambermont. L’auteur était attendu dans la salle de musique de Bellefontaine (Tintigny) pour nous parler de ses deux livres (Le Rêve de Maximilien; Le Livre de Saon) respectivement sortis en 2007 et 2008 chez l’éditeur Chloé des Lys. .

Q/ Selon vous dans quel genre littéraire vos romans peuvent-ils s’inscrire ?
Nous sommes à cent pour cent dans le genre de l’anticipation. En littérature, l’anticipation correspond à un genre littéraire regroupant des œuvres dont l’action se déroule dans un futur proche ou hypothétique. On y présente des sociétés utopiques ou non, pouvant libérer ou asservir l’Humanité.
L’Empire de la Nouvelle Ere est une société comme celles inventées par Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes) et Georges Orwell (1984) : totalitaire et repliée sur elle-même. On y découvre un monde où l’on parle beau, où la noblesse règle ses comptes par des duels, où les castes sont marquées, où la religion est omniprésente mais également un monde où l’on vénère plusieurs divinités, où la science a fait des progrès et où on ne peut emprunter que des transports en commun pour se déplacer. Mais c’est également un monde qui, malgré son apparente diversité, n’accepte aucune dissidence, un monde où l’armée surveille ouvertement le peuple, où l’on use de la torture sur les citoyens subversifs, où la censure fait loi, où la délation est encouragée.

Q/ Dans ce monde, y a-t-il des éléments de révolution, des éléments contestataires ?
On pourrait l’espérer mais, s’il y a des révoltés, ils ne constituent en aucun cas un groupe cohérent et organisé. Au début du premier tome, nous sommes déjà dans une situation où le peuple a assimilé les principaux concepts de la Nouvelle Ere et où celui qui les suit scrupuleusement peut avoir une vie « heureuse ». Mais quatre personnages vont se révolter.
Il y a d’abord les frères Abner, Saon et Jedro.
Saon est d’abord destiné à l’art et entre en apprentissage chez son père. Il ne s’y intéresse pourtant pas, il n’a pas l’étincelle qui ferait de lui un artiste renommé.
Il quittera tout pour obéir à « l’appel d’Atis », n’hésitant pas à se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de l’Empire en commettant deux erreurs impardonnables. Tout d’abord, il rompt avec la vie de la communauté en s’isolant (chose impensable dans une société proche de la pensée aristotélicienne qui veut que l’homme qui vit hors de la Cité est soit une bête, soit un dieu), ensuite en réinterprétant les dogmes du Codex, le seul livre de Foi autorisé depuis l’an 0. Il deviendra, bien malgré lui, la figure de proue du premier mouvement hérétique de la Nouvelle Ere.
Jedro est un personnage plus timoré. Il n’existe qu’à travers les yeux des autres ; d’abord son père Gustavo, ensuite son mentor, Maître Aldous Mynckt et, enfin, le couple impérial. Chacun de ceux là le magnifie.
A contrario, Osvaldo Kan, le Doyen de la faculté et peintre également, est le personnage qui jaloux du talent du jeune homme, tentera de le perdre.
La vie de Jedro est le reflet de la maladie dont il souffre : l’épilepsie. Elle connaît de nombreux soubresauts, parfois incontrôlés, au niveau de sa sexualité principalement. Sous l’impulsion de Mynckt, son premier protecteur, il s’ouvre sans grand enthousiasme à ses premiers ébats mais il se lasse rapidement de ce petit jeu, rigoureusement prohibé par la Censure.
Tout le lasse, à commencer par les règles édictées par l’Ecole Parnasse. C’est sa volonté de se libérer des carcans de l’autorité qui l’entraînera à la rébellion. Passive mais dangereuse.
Il y a ensuite Larsen Voltine, issu d’une caste nobiliaire si peu élevée qu’il est presque roturier. Sa vie est une suite de péripéties (pour survivre dans la capitale, il va devenir « accompagnateur » de ces dames, il va être défiguré au terme d’un duel avec un mari qu’il a rendu cocu) qui vont le faire grimper jusqu’au sommet (il va fonder la Phalange qui a pour mission de protéger l’Imperator) jusqu’à sa chute.
Lui est un révolutionnaire constant mais ses actions tournent généralement autour de sa propre personne.
Enfin, l’Imperator Maximilien qui n’a aucune appétence pour le pouvoir et a l’impression d’être davantage le sujet des besoins de l’Empire que le monarque absolu. A la hauteur où il se place, il n’a à craindre de personne, pourtant, il a le tort de s’opposer à la propre mère, l’Impératrice-mère Julianna et d’être né avant son frère, Beliser.

Q/ Dix tomes, c’est énorme pour un jeune auteur. C’était prévu à la base ?
Certains trouveraient avantageux de dire oui mais je dois répondre par la négative.
Le Rêve de Maximilien et Le Livre de Saon (qui ne sont qu’un tome à la base) ne sont pas mes premiers tomes. J’en avais écrit 2 avant mais, dans l’ordre chronologique, ceux-ci devraient se situer en fin de parcours puisqu’ils se situent à la fin de l’Empire.
J’ai baptisé l’ensemble G.E.D.E.N.E (Grandeur et Décadence de l’Empire de la Nouvelle Ere). J’y raconte la création puis l’apogée et enfin la déliquescence d’un système utopique à la base mais totalitaire au final. Il n’était donc pas « normal « que je commence la série par la fin. J’ai choisi de raconter mon histoire en prenant un bout et en tirant dessus. Les deux tomes que je présente ne racontent pas la GRANDE mais la petite Histoire de l’Empire. D’ailleurs, chacun des dix tomes va faire de même. La vie de l’Empire est vue à travers les yeux de ses citoyens, qu’ils soient puissants ou pas. Ainsi, dans ce tome, les événements sont vus à travers les yeux de quatre personnages : un prophète illuminé, un artiste-peintre asocial, un jeune noble prêt à absolument tout pour grimper dans la hiérarchie sociale et même l’Empereur de la Nouvelle Ere car, même s’il est déifié, n’en est pas moins un homme possédé par ses envies, ses dégoûts, ses amitiés et ses inimitiés !

Q/ Et quel est le motif de la dégénérescence dans ces deux ouvrages ?
Le Rêve de Maximilien et Livre de Saon racontent le premier grand basculement d’un Empire à son apogée. Dans le prologue du 1er tome, on comprend que l’Empereur Maximilien, l’un des quatre grands héros de ce récit, a été assassiné. Par qui ? Pourquoi ? Le lecteur a de nombreux coupables sous la main. Mais il ne s’agit pas là d’un roman policier. Les deux tomes vont raconter les événements qui vont s’enchaîner jusqu’au dénouement final, les histoires des personnages, apparemment non liées (Larsen Voltine, un autre héros, n’est qu’un noblaillon sans grande envergure) vont s’emboîter comme les pièces d’un puzzle.
J’ai toujours considéré l’écrivain comme une sorte de chimiste. C’est en tous cas comme cela que je procède (comme Balzac avec sa Comédie humaine) : je crée plusieurs personnages dotés chacun de leurs caractéristiques spécifiques et je les place dans un certain contexte pour voir comment ils vont réagir et interagir. Cela peut être extrêmement intéressant et instructif même si parfois, cela m’oblige à revoir de nombreuses pages… ou chapitres.

Q/ L’Empire de la Nouvelle Ere, on valorise enfin le travail de l’individu. Y a-t-il une recette miracle dont nos politiciens pourraient s’inspirer?
Dans l’Empire de la Nouvelle Ere, le taux de chômage est proche de zéro, mais à quel prix ?
Les citoyens bénéficient de beaucoup de droits mais d’encore plus de devoirs. L’un d’eux est, ce que j’appellerais, de participer à l’effort de l’Empire. Pour ce faire, les citoyens ont le devoir d’intégrer l’une des trois grandes castes impériales : la religieuse, la militaire et la citoyenne.
La première est la plus importante car les différentes Fratries, en plus d’être les interlocuteurs privilégiés entre les Hommes et les Dieux, se chargent également de l’éducation, des mœurs, de l’administration (de la censure à l’Office du contrôle des naissances) et de la Question.
En ce qui concerne la caste citoyenne, l’individu doit absolument appartenir à une Guilde qui, en plus de lui permettre de bénéficier de plusieurs avantages, lui assure un travail perpétuel.
Mais pour faire carrière, un individu absolument en faire partie et suivre les règles édictées par elles. Si l’Empire est arrivé à ce résultat, c’est d’abord et surtout grâce à l’éducation très stricte à laquelle sont soumis, de manière uniforme, les enfants de l’Empire de la Nouvelle Ere. On y inculque une telle peur du chômage (camps de travail) et un tel culte de l’Empire que les futurs travailleurs ne concevraient même pas de rester inactifs.
N’oublions pas non plus que les Guildes ne laissent pas les travailleurs inactifs… elles les traquent sans relâche.

Q/ On retrouve d’ailleurs dans tes personnages chacun des membres de cette caste. Outre Maximilien qui est l’Empereur, Saon Abner fait partie de la 1ère caste tandis que Larsen Voltine est membre de la seconde et Jedro, de la troisième caste.
De cette manière, le lecteur suit l’histoire à travers différentes perspectives.
Je voudrais juste signaler que s’il est aisé de classer Jedro, Saon et Larsen dans les boîtes que nous venons de citer, il est moins aisé pour eux de s’y sentir bien.
Larsen Voltine est un Chevalier, la caste d’extraction la plus basse de l’Empire. En tant que tel, il est tout à fait déconsidéré par ses supérieurs. Cela expliquera son ambition à grimper dans la hiérarchie d’ailleurs.
Saon n’est pas un religieux. Il n’a suivi aucun cursus en ce sens et méprise la caste religieuse dans son intégralité. Il ne veut pas devenir comme eux et méprise ces intermédiaires. On peut le ranger dans la caste des religieux mais uniquement par commodité.
Quant à son frère, Jedro, il est immédiatement placé dans la catégorie des citoyens affiliés à Guilde et le lecteur aurait tort de penser le contraire. Mais ceux qui liront les deux ouvrages comprendront peut-être ma réticence à vouloir envers et contre tout ranger les individus dans des boîtes, aussi commodes soient-elles.

Q/ Le rôle de la femme dans l’ENE n’est pas ce que j’appellerais valorisant. Pourtant, à la lecture des deux ouvrages, on remarque qu’il y a une différence entre la réalité de ce monde et ce que l’on présente dans l’histoire.
Non, en effet. L’Empire les a cantonnées dans un rôle uniquement procréateur même si les dirigeants tentent de faire passer la pilule en les englobant dans le grand plan de l’éducation (où elles ont peu à dire quand l’enfant passe entre les mains des Frères Séculaires), de la religion (où elles ne peuvent prier somme toute que peu de divinités comme Ea, Culpa et surtout Matrona) et, évidemment, de l’enfantement . On comprend, à la lumière des dix tomes qui composent mon récit que l’Empire fait suite à un bouleversement qui met les humains dans une situation de devoir procréer. Après un boum démographique impressionnant, les autorités sont contraintes de mettre le holà ce qui a pour conséquence la création de l’Office du contrôle des naissances et le renforcement de la Fratrie des Mœurs).
Mais si les femmes sont muselées et n’ont que peu de pouvoir dans cette société, certaines se détachent du lot : je pense notamment à « mes » trois femmes : Ester – Galatéa et Julianna qui représentent respectivement la sœur, l’épouse et la mère qui selon moi composent trois des personnages essentiels de la vie d’un homme, trois Parthes qui vont façonner le destin des personnages du livre.

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